LES INTERVIEWS

Mercredi 18 janvier 2012

Réconciliation nationale : Seth Koko charge Banny et réclame un chronogramme

 

Linter_4089.jpgIl se présente comme le concepteur du dialogue direct inter-ivoirien, qui a abouti à la décrispation, un temps, de la situation en Côte d’Ivoire. Fondateur de l’Alliance Citoyenne de la Société Civile Ivoirienne (ACSCI), une structure très active sur internet, qui a été parmi les premières à reconnaitre la victoire du président Ouattara au présidentielle  de décembre 2010, Seth koko reste égal à sa logique, dans cet entretien, où, sans faux fuyant, il dénonce une sorte de laxisme de l’ex-premier ministre Charles Konan Banny à la tête de la commission Dialogue – Vérité et Réconciliation.


Vous êtes rentré au pays  après 3 ans d’exil, vous pouvez-nous donner les raisons qui vous ont poussés à quitter la Côte d’Ivoire ?

J’ai quitté la Côte d’Ivoire parce que j’étais en conflit avec le président Gbagbo. En 2008, j’ai été appelé par le ministre du plan et du développement M.Bouhoun Bouabré, pour occuper un poste ici après avoir conçu le projet du dialogue direct. C’était en reconnaissance à ce service que j’ai rendu à la nation ivoirienne, à savoir la conception du dialogue direct que j’ai proposé au président Gbagbo à l’époque pour que nous retrouvions la paix. Quand je suis revenu ici en 2008 pour occuper ce poste là cela a abouti à un conflit. Les autorités d’alors n’avaient pas honorées leur engagement. Cela ne m’avait pas plu et nous étions rentrés en conflit.

J’ai, par la suite, échappé à un enlèvement à l’hôtel Tiama au Plateau le 20 novembre 2008 à 16h. C’est, d’ailleurs, la présence de  vous les journalistes sur les lieux qui m’a permis d’échapper à cet enlèvement. Après ce rapt manqué, je ne pouvais plus séjourner  en Côte d’Ivoire. Donc, j’ai été en Europe où j’ai passé un moment d’exil, le temps que les choses s’arrangent. Après 3 années de pression, c’est finalement à un mois de sa chute que le Laurent Gbagbo m’a reconnu par écrit la paternité du Dialogue Direct. Aujourd’hui je suis rentré au pays pour participer à la réconciliation.

pic-4-interview-27-dec-2011.JPGQuelles conditions qui ont été réunies pour que vous consentiez, enfin, à rentrer au pays ?

Ecoutez monsieur, moi pour retourner dans mon pays je n’ai pas besoin de poser des conditions. Je cherchais juste que la Côte d’ivoire soit sécurisée, et que quand je rentre dans mon pays avec ce que j’ai fait avec le pouvoir d’avant, que je bénéficie d’un minimum de sécurité avec mes prises de position. Il s’avère qu’avec l’arrivée du président Ouattara, pour moi, les conditions sécuritaires étaient réunies. Je suis rentré en Côte d’Ivoire depuis le 9 décembre 2011, et je me sens bien.

Vous avez créé l’Alliance Citoyenne de la Société Civile Ivoirienne (ACSCI), très active sur internet, et qui a même été l’une des premières à reconnaitre la victoire du président Ouattara et à le soutenir. Qu’est-ce qui explique ce soutien ?

Oui, si vous voulez, l’ACSCI a pour mission de critiquer, de proposer et de réaliser. Nous faisions des critiques sur la gestion du président Gbagbo, parce qu’à l’époque, nous avons vu que le président Gbagbo avait un discours de haine, diviseur des ivoiriens, et vous savez ou cela nous a menés. Ce discours ne nous allait pas du tout, alors nous étions contre cette façon de gérer la Côte d’Ivoire. Maintenant, nous avons été amenés à soutenir le président Ouattara, parce que c’est lui qui a été élu  en novembre 2010. Malheureusement, le président Gbagbo avait failli ne pas permettre au président Ouattara de prendre fonction. Donc, nous à l’ACSCI, en tant que patriotes et républicains, il fallait qu’on reconnaisse le pouvoir du président élu et c’est ce qu’on a fait.

Nous l’avons soutenu dans son combat de rétablissement de la vérité sur cette question électorale. Cela  a marché et aujourd’hui nous sommes satisfaits. Nous retournons, donc, à nos actions quotidiennes.

Aujourd’hui, l’heure est à la réconciliation avec la commission Dialogue Vérité et Réconciliation mise en place par les nouvelles autorités. Qu’en pensez-vous ?

J’ai une analyse très critique du fonctionnement de cette commission. Le président de la CDVR a été nommé en mai 2011, juste après la prise de fonction du président Ouattara. Je peux dire que depuis le mois de mai jusqu’ aujourd’hui , on a vu les actions que le gouvernement a mené pour ramener le calme, la paix et la sécurité afin de relancer l’économie ivoirienne ou normaliser la situation à Abidjan. Mais du coté de la CDVR, nous n’avons rien vue jusqu’à présent. Ce n’est pas pourtant l’argent qui manque, l’intelligentsia ivoirienne non plus n’est pas en crise. Mais  jusqu’ici  la commission ne fait pas son travail.

Voila pourquoi nous voulons interpeler les autorités de cette commission en les invitant à prendre les choses en mains et de permettre aux ivoiriens de se sentir concerné par ce processus de réconciliation à elles confié.

Jugez-vous  négatif le bilan à mi-parcours de ladite commission ?

Si je dis qu’elle n’a pas de bilan, ce sera un peu insolent de ma part. Mais, je  peux dire que le bilan est négatif. S’ils veulent être humbles, les dirigeants de la commission pourront reconnaitre que leur bilan est négatif. Parce que la commission  existe depuis le mois de mai et son président a été investi le 27 septembre 2011. Pour nous qui avons fait l’occident, on sait que quant on a été nommé depuis plus de 3 mois, et qu’on a prêté serment, on doit déjà avoir un plan d’action afin de démontrer qu’on maitrise la tâche pour laquelle on est nommé. Et une fois qu’on a été investi, on met le plan en œuvre.

Mais depuis que le président de la CDVR  a été investi, il n’a rien fait de concret  qui soit à la hauteur des attentes des ivoiriens, pour le retour de la paix, la sérénité dans les villes et villages, pour la réconciliation. En tout cas nous à l’ACSCI nous n’avons rien vu de percutant depuis son investiture. Nous avons plutôt vu le président de la République qui a fait le tour des pays limitrophes pour aller chercher lui-même les refugiés. Nous avons vu le gouvernement  qui a fait un travail colossal pour qu’on retrouve un semblant de paix.  Résultat, nous voyons que la Côte d’ivoire commence à fonctionner, le gouvernement essaie de faire le maximum pour que l’administration puisse fonctionner. Et la sécurité à Abidjan est quasiment bouclée, les abidjanais  vaquent à leurs occupations. Donc, pour la réconciliation, elle n’est plus à Abidjan. La Côte d’Ivoire compte 20 millions d’habitants, dont 5 millions à Abidjan et les 15 autres  millions sont dans les provinces. Mais jusqu’ici la commission ne les a pas encore rencontrés. Qu’est ce qui ne va pas dans cette commission ?

La première sortie du président  Banny, c’était  Attecoubé pour parrainer une manifestation où il a donné 2 millions. Et les dernières sorties qu’il a fait,  c’est quand il a senti que les ivoiriens  en avaient marre de leur inactivité. On l’a vu à Bangolo, tant mieux car c’est ce que nous recherchons.

Ses vice-présidents, quel est leurs rôles ? Quel est leur programme ? Quel est le chronogramme réel de cette commission depuis qu’elle existe ?

Nous avons un retour des villageois, dans les villes de province, ou les gens se plaignent parce que personne ne va vers eux. Voila pourquoi, je dis que la commission ne fait pas son travail et qu’elle à un bilan négatif.

La critique est aisée, mais l’art difficile. N’êtes-vous pas un peu dur envers la commission ?

Je suis dur envers la commission parce que nous recherchons la paix. Les gouvernants  font ce qu’ils ont à faire, et la CDVR doit faire de même. Il faut que la CDVR sorte d’Abidjan pour investir l’intérieur du pays afin de rassurer les pauvres paysans de ce que la guerre est fini et que la paix et la réconciliation sont obligatoires pour tous.

Le processus de réconciliation est entre les mains de M. Banny. Moi je trouve qu’aujourd’hui qu’après la présidence de la République, l’institution la plus importante du pays, c’est la CDVR. Et cette commission là doit avoir un programme, un chronogramme concret pour ramener les ivoiriens à la sérénité et au travail. S’ils ne sont pas en sécurité, si on ne vient pas les rassurés de ce que le gouvernement en place a besoin  du peuple pour fonctionner, la Côte d’Ivoire n’avancera pas.

Je suis conscient  que pour faire fonctionner une institution pareille,  il faut beaucoup de réflexion, mais on ne peut pas réfléchir pendant plus de 6 mois sans rien faire concrètement. Donc, il fallait que nous leader d’opinion, protecteur des droits de la société civile, disions ce que nous pensons du fonctionnement de cette commission. Il faut que la commission se mette au travail, c’est tout ce qu’on lui demande. Il n’ya pas de haine, pas d’animosité contre personne, c’est une vérité que nous disons. Il faut que la commission travaille.

Qu’attendez-vous de la CDVR pour dire qu’elle travaille ?

Quant il y a un conflit, celui qu’on a délégué pour régler  ce conflit va vers les protagonistes. Aujourd’hui, ces protagonistes se trouvent surtout à l’intérieur du pays.

Il faudrait que le président Banny fasse le tour du pays comme un leader politique en campagne électorale. Qu’il aille se présenté à ses populations-là. Et  chaque fois qu’il va dans un chef-lieu de département ou de région, qu’il aille avec les fils de ces régions. En tout cas ceux qui sont présentement au pays et qui ne sont pas poursuivit par la justice ivoirienne.  Il les prend, il va avec eux,  et il se présente aux populations pour leur dire que le conflit qui a eu lieu est terminé et que désormais c’est lui qui doit résoudre ce problème. Cela est très important. Au moins les villageois sentiront que la palabre qui a eu lieu est finie. Mais, en l’état actuel, puisqu’ils ne voient personne, ils ne savent même pas ou vas la Côte d’Ivoire parce que tout le monde n’a pas la télévision et la radio. C’est à M.Banny d’aller dire aux ivoiriens que la guerre est finie.

Il ne doit même pas avoir de repos dans ce pays. C'est-à-dire du lundi  au vendredi, on doit le voir en province, le week-end, il se repose et le lundi il repart. Parce que c’est de ça mission que va dépendre la réussite du mandat du Président Ouattara, ainsi que la réussite de l’organisation dans 5 ans, d’une nouvelle élection  présidentielle dans la paix et la confiance mutuelle. C’est ce travail que faisait Desmond Tutu. Ils ont fait le tour de l’Afrique du sud pour dire aux gens que Desmond Tutu était délégué pour régler les problèmes de réconciliation. Une fois que ça été fait, on a envoyé des sous-commissions pour essayer de les sensibiliser, et on mettait des orateurs connu. Voila ce que le président Banny doit faire.

Pour faire le tour de la Côte d’Ivoire, il faut 2 mois à une autorité politique. En 2 mois on a fait le tour de la Cote d’Ivoire. Une fois qu’il est de retour, de sa tournée, il faut maintenant envoyer les vice-présidents et les fils des régions parcourues pour qu’eux aussi aillent vers les populations au nom de la CDVR pour leur demander  ce qu’ils ont vécu et quelles sont leurs propositions. Ils vont donc recueillir les témoignages des populations ainsi que leurs propositions pour les ramener  à la commission centrale de la CDVR.  Pour  faire ça on a besoin de 3 mois maximum. Et pour ça on n’a pas besoin de milliards. Même si c’est le cas, l’UEMOA lui a déjà donné 2 milliards, il lui revient donc de mettre la pression  pour avoir son argent et faire ce qu’il a à faire.

En plus, l’Etat de Côte d’Ivoire n’est pas à 2 milliards près non plus car il s’agit de la sécurité des ivoiriens, et de la réconciliation qui est l’action la plus importante. Donc, pour les 3 mois à venir, on doit voir le président Banny et son bureau sur le terrain. Mais quand on dit on doit les voir, il faudrait que le président Banny prennent les fils et filles de ces régions pour aller là-bas, parce qu’il faut être clair, et ça pourrait ne pas vous plaire, mais vous ne pouvez pas prendre un Aladjan pour aller parlé aux Lobi dans un village de Bouna, et vice versa. Ce dernier sera obligé de parler en français et il ne sera pas compris. Ils ne vont pas l’écouter. D’où la nécessité d’y joindre des orateurs, les fils de ces régions qu’ils écoutent et  qu’ils respectent. C’est à partir de là qu’ils trouveront des solutions aux problèmes  de ces personnes.

Seriez-vous tenté de convoiter la tâche du président ?

Pourquoi en  Côte d’Ivoire, chaque fois qu’on vous dit la vérité, vous croyez qu’on a besoin du poste de quelqu’un ? C’est un sérieux problème chez nous. On a mis une personnalité respectable à ce poste, un homme assez sage comme M. Banny pour régler le problème. Mais il faudrait qu’il sache se faire entouré.

Je ne cherche pas son poste. Moi j’ai une mission en tant que leader d’opinion de protéger la population ivoirienne, de dire haut ce que la population ivoirienne dit tout bas. Et comme cela fait bientôt 8 mois que nous les regardons sans rien faire, il faut a un moment donné qu’on parle. Donc, je tenais à ce que le président Banny fasse son travail. Parce que tous ceux qui ont été nommés depuis la prise de fonction du président Ouattara font leur boulot.

Le président travail pour remettre l'économie en marche.  Vous voyez Abidjan. Il y a eu la guerre, on a vu des cadavres dans les rues, mais tout été ramassé, on a remis le pays au travail, et des chantiers sont visibles partout. Pourquoi est ce que la commission ne fonctionne pas, qu’il demande de l’argent à l’état ivoirien. Si l’Etat ne veut pas sortir de l’argent, qu’il le dise aux ivoiriens. Ou alors si le gouvernement ne lui donne pas suffisamment de moyens et qu’il n’a pas assez pour faire ses tournées dans les provinces, le problème ivoirien est mondial, il y a des institutions qui sont en place, des fondations qui sont partout dans le monde et qui sont prêtes à donner de l’argent pour la paix et la réconciliation en Côte d’Ivoire. S’il a des difficultés à ce niveau, moi je suis à sa disposition, on va faire ces démarches-là, et il ira faire son travail. Mais en réalité quel est son problème ? Il va nous dire que c’est difficile, que ce n’est pas facile de réconcilier les gens. Oui ça ne sera pas facile de réconcilier des gens en palabre, surtout si vous n’associez pas les personnes qu’ils écoutent dans leurs régions. Bref, je ne cherche pas le poste du président  Banny, sauf qu’on l’attend juste à un résultat qui n’est pas encore tombé. Il faut donc qu’on arrête les discours pour passer à l’action.

Je voudrais, pour terminer, inviter les ivoiriens, surtout les jeunes, à arrêter de cultiver la haine et de tenir des discours de division. Leur indépendance et la dignité dont ils parlent, ils ne pourront l’avoir que dans la paix  et par le travail. Quand on est pauvre et que l’on n’arrive pas à se louer une maison, et qu’on est obligé de vire sous la coupole de quelqu’un, on n’est pas indépendant. Cela est valable pour un individu comme pour un Etat. Donc, il faut qu’on se mette au travail, qu’on se respecte les uns et les autres, qu’on arrête d’attiser la haine contre l’occident, que les étudiants partent à l’école et qu’ils se consacrent à  leurs études et non à des meetings comme ils faisaient et se découpaient à la machette. L’ACSCI voudrait leur dire qu’on est à une période où les choses ont changé et que les ivoiriens doivent s’aimer les un les autres, cultiver la paix, retourné à des valeurs citoyennes et républicaines. Nous, nous sommes là pour participer à la réconciliation de la Côte d’ivoire dans ce sens là tout en nous disant la vérité quant il faut.

 

Entretien réalisé par H.KPODION

Le quotidien L’INTER


Mardi 3 janvier 2012

Seth Koko, pdt de l’ACSCI à propos de la réconciliation : ‘’Banny doit démontrer qu’il est l’homme de la situation’’

Seth Guédé Koko, homme d’affaires et consultant diplomatique, est définitivement rentré en Côte d’Ivoire, au terme d’un exil volontaire de trois ans sur les bords de la Seine en France pour apporter sa pierre à l’édification de la nouvelle Côte d’Ivoire. Le fondateur de l’Alliance citoyenne de la société civile ivoirienne (ACSCI), très actif sur Internet pendant la crise postélectorale veut tourner la page de la guerre.

pic 2 interview 27 dec 2011

Vous êtes de retour dans votre pays, la Côte d’Ivoire, après plusieurs années d’exil. Quelles sont les raisons profondes qui vous ont poussé à partir ?

Depuis le début de la crise qui a secoué la Côte d’Ivoire en 2002, je m’étais impliqué à travers le dialogue. Mais le règlement du conflit a mal tourné et cela m’a obligé à quitter le pays parce que ma vie était menacée. J’avais un accord avec le président Gbagbo, mais cet accord n’a pas été respecté par lui et son entourage. Ma vie était menacée et à un moment donné, je devais quitter la Côte d’Ivoire et je suis allé en France.

Aviez-vous un problème particulier avec le président Gbagbo et son régime ?

Je n’avais pas de problème particulier avec le président Gbagbo lui-même, mais j’avais un problème avec sa façon de travailler. La politique qu’il avait mise en place en Côte d’Ivoire ne cadrait pas avec mes convictions. Je le lui ai fait savoir, mais il n’a pas écouté. J’ai demandé à ce que Laurent Gbagbo soit plus sage dans sa gestion de la Côte d’Ivoire, qu’il soit plus diplomate et plus pragmatique dans la mise en œuvre de son programme. Malheureusement, il n’a jamais voulu travailler correctement, il y avait beaucoup de roublardise dans ses prises de positions. Je pense que la Côte d’Ivoire avait vraiment besoin de mieux que cela.

Pendant trois ans, vous avez été très actif sur Internet, vous avez même été l’un des premiers à réclamer une intervention de la France en Côte d’Ivoire lors de la crise postélectorale. Pourquoi ?

J’ai été très actif parce qu’il fallait que je m’implique dans le retour de la paix en Côte d’Ivoire. J’ai donc créé une organisation, l’Alliance citoyenne de la société civile ivoirienne (ACSCI) pour donner mon avis, en tant que leader d’opinion sur la gestion de la Côte d’Ivoire. Il s’agissait pour moi de donner ma position sur le dialogue direct, d’accompagner les structures en charge du processus de réconciliation et celle chargée de l’organisation des élections en Côte d’Ivoire. Concernant l’appel que j’ai lancé aux présidents Sarkozy, Obama et au secrétaire général de l’ONU, le 3 mars 2011, pour qu’ils bombardent les chars de Gbagbo, je ne l’ai pas fait parce que j’en voulais à Laurent Gbagbo. Mais je pense que si cela n’était pas fait, la Côte d’Ivoire serait actuellement encore en guerre, les 20 millions d’habitants vivant sur le territoire allaient payer un tribut plus lourd. Il fallait donc faire un choix et moi j’ai choisi qu’on bombarde les chars d’assaut, les armes lourdes que détenaient M. Gbagbo et le reste de l’armée qui s’opposaient à la légalité.

linteligeantdabidjan_2430.jpgVotre retour avait été annoncé une première fois, mais la date a été repoussée, mais vous avez tenu à être chez vous en Côte d’Ivoire…

Effectivement et je voudrais avant tout remercier le président Ouattara et le ministre de l’Intérieur, M. Hamed Bakayoko, qui m’ont permis de rentrer au pays. A l’époque du président Gbagbo, tout le monde m’en voulait, mais le président Ouattara a créé un climat favorable à mon retour. Le ministre de l’Intérieur a fait ce qu’il fallait pour que je puisse rentrer. C’est le lieu pour moi d’inviter tous les Ivoiriens qui sont en exil à rentrer au pays. Ceux qui ne sont pas poursuivis par la justice internationale n’ont pas à avoir peur de rentrer. La Côte d’Ivoire est en chantier et j’ai moi-même fait le constat. Personne n’en veut à ceux qui sont en exil parce que ce sont des Ivoiriens qui ont eu peur à un moment donné. Qu’ils rentrent pour que nous puissions ensemble construire la Côte d’Ivoire et ramener définitivement la paix dans notre pays.

Huit mois après l’investiture du président Ouattara, quelles appréciations faites-vous de son programme d’actions, notamment au niveau de la relance économique, de la sécurité et de la réconciliation nationale ?

Le président Ouattara a effectivement prêté serment et a été investi, le 21 mai 2011. Je suis fier de moi parce que parmi ceux qui côtoyaient Gbagbo, j’ai été l’un des premiers à soutenir le président Alassane Ouattara. Pour nettoyer la Côte d’Ivoire, éloigner les Ivoiriens des maladies engendrées par les déchets toxiques ou les ordures ménagères, pour développer nos infrastructures, on n’avait pas besoin de plusieurs milliards de francs. Laurent Gbagbo avait reçu 5 milliards puis 50 milliards de FCFA de la Banque mondiale, seulement pour ramasser les ordures ménagères. Il n’a pas pu le faire, cet argent a été dilapidé. Le président Ouattara est une personne qui aime son pays et qui fait ce qu’il dit. Il n’est pas du genre à s’asseoir à la télévision pour rouler les gens dans la farine, les embobiner dans une histoire qui ne va les emmener nulle part. Je peux donc dire, à mi-parcours, que son bilan est satisfaisant et il est à encourager. C’est vrai qu’il n’a fait que huit (8) mois au pouvoir et qu’il y a beaucoup de choses à faire. La Côte d’ivoire sort d’une crise, il y a encore des Ivoiriens qui souffrent, mais les efforts du président Ouattara sont à encourager.

Le Chef de l’Etat a mis en place la CDVR dirigée par le Premier ministre Banny, mais d’aucuns disent qu’il n’est pas l’homme de la situation. Etes-vous de cet avis ?

M. Banny est une personnalité que je respecte et il peut apporter beaucoup à la Côte d’Ivoire. Mais tout dépend de la manière dont il se fait entourer et tout dépendra aussi de sa volonté à réussir la mission qui lui a été confiée. Il a été nommé par le Chef de l’Etat. Il lui appartient de faire mieux que ce que le Chef de l’Etat lui a demandé de faire. S’il a l’amour de la Côte d’Ivoire et qu’il veut que les Ivoiriens se réconcilient, c’est à lui de démontrer à tous les sceptiques, qu’il est capable de réaliser ce rêve, qui est le pilier de la réussite du pouvoir de M. Ouattara. Si le processus de réconciliation échoue, Banny aura échoué, mais c’est la Côte d’Ivoire qui aura échoué. Pour l’heure, je pense que Banny est l’homme de la situation, mais c’est à lui de le démontrer et j’aurai l’occasion très bientôt de faire des propositions dans ce sens.

L’un des faits majeurs de l’actualité, c’est le transfèrement de Laurent Gbagbo à la Cour Pénale Internationale, à La Haye. Quels commentaires cela vous inspire ?

Je suis contre l’impunité. Quand on a dirigé ce pays et qu’on s’est rendu coupable de ce que vous savez, il est nécessaire que la justice intervienne. Il y a eu des morts en Côte d’Ivoire, ceux qui étaient autour de Gbagbo, de Ouattara ou de l’ex-rébellion et qui sont fautifs, doivent être poursuivis et punis. Il n’y a que de cette façon que les Ivoiriens comprendront qu’un pays doit fonctionner sur la justice. M. Ocampo dit qu’il sera impartial, nous attendons de voir.

La question de la sécurité préoccupe plus d’un Ivoirien, avec la violence constatée dans certaines localités. Que pensez-vous du comportement des FRCI ?

C’est effectivement un point assez sensible parce que la Côte d’Ivoire n’a pas une armée solidaire et totalement unifiée. La sécurité est encore fragile. A preuve, en l’espace d’une semaine, on dénombre près de dix (10) morts, résultat d’un conflit entre les FRCI et les populations, or les FRCI sont venues pour protéger les populations. Les FRCI sont des Ivoiriens censés protéger d’autres Ivoiriens, donc je condamne fermement leur comportement actuel et j’espère que le président de la République tapera encore plus sur la table pour que l’intérieur du pays soit sécurisé. Les populations ne sont pas encore à l’aise à l’intérieur du pays et je souhaite que le travail de sécurisation de l’ensemble du territoire soit fait, parce que les FRCI, avec le comportement qu’ils adoptent en ce moment, sont en train de ternir l’image du président Ouattara.

Que pensez-vous du taux de participation aux élections législatives du 11 décembre dernier?

Le taux de participation aux législatives est négatif, mais cela s’explique par le fait que les populations ont encore peur et dans ces conditions, elles ne peuvent pas sortir. Mais je félicite le Chef de l’Etat pour avoir maintenu la date du 11 décembre 2011 pour la tenue de ces élections législatives. On a organisé l’élection présidentielle du 28 novembre 2010 après quatre reports et cela a donné le résultat que nous avons connu, parce que reporter des élections ne fait que prolonger les souffrances des populations. Le président Ouattara a décidé de maintenir la date, contrairement au souhait de certains, mais peu importe le nombre de personnes qui se sont déplacées pour voter. Il fallait doter la Côte d’Ivoire d’un parlement, qu’il se mette au travail pour reconstruire la Côte d’Ivoire.


Vous êtes rentré pour apporter votre contribution pour la reconstruction et la relance économique de la Côte d’Ivoire, comment entrevoyez-vous cette contribution ?

Je suis avant tout un homme d’affaires. J’investissais en Europe, j’ai l’intention d’investir en Côte d’Ivoire. Pour ce qui est de ma contribution au plan politique et diplomatique, il appartient aux autorités actuelles de décider. Mais je suis partant pour que l’économie ivoirienne reprenne.
Réalisé par Olivier Dion

L'intelligent d'Abidjan

Lundi 25 juillet 2011

seth-koko-2.JPG. Ce qu'il a fait dans l'ombre pour l'ex-chef de l'Etat déchu

. Ses vérités au régime Ouattara et sur les FRCI

Il se réclame le père du dialogue direct interivoiriens dans la résolution de la crise politico-militaire en Côte d'Ivoire. Régulièrement présent dans son pays entre 2006 et 2008, M. Seth Koko s'est exilé à Paris pour des raisons, souligne-t-il, de sécurité. Depuis lors, ce natif de Guibéroua comme le leader de la Galaxie patriotique, Charles Blé Goudé, n'a eu de cesse de faire entendre sa voix sur Internet. Dans cet entretien qu'il nous a accordé par le même canal, ce jeune leader de la société civile fait de graves révélations et dit ses vérités sur la situation actuelle en Côte d'Ivoire.

M. Seth Koko, depuis plus de 3 ans vous vivez en exil en France. Qu'est-ce qui explique cet exil?

Avant tout, permettez-moi de remercier tous les frères et amis en Côte d’Ivoire qui m’ont aidé à survivre aux menaces de mort, aux tentatives d’enlèvement et autres violations de droits dont j’ai été victime durant l’année 2008, sous le régime Gbagbo. Merci également aux personnalités qui m’ont aidé à sortir de la Côte d’Ivoire alors que mes ennemis m’avaient fiché à l’aéroport d’Abidjan. Merci à la France qui m’a accueilli. Et enfin, merci à toutes les personnes qui croient en moi et qui ont bien voulu me soutenir financièrement afin que je tienne le coup jusqu’à ce jour. Pour revenir à votre question, je suis l’auteur du projet du dialogue direct interivoirien qui a ramené la paix dans notre pays de juillet 2006 à novembre 2010. Le ministre Bohoun Bouabré était le parrain de ce dossier auprès du président Gbagbo. Et c’est en reconnaissance à ce service rendu à la nation que j’ai été invité en janvier 2008 par le ministre d’Etat, ministre du plan et du développement d’alors, à occuper le poste de conseiller diplomatique du Gouverneur de la BCEAO. Souvenez-vous, M. Bouabré était en ce temps le favori de l’ex-président Laurent Gbagbo, pour ce poste. Une fois à Abidjan, je me suis mis à la disposition du ministre, qui malheureusement n’avait finalement pas été retenu pour la gouvernance de la Banque centrale. Après cet échec, me recevant le 7 février 2008 à son cabinet de l’immeuble SIAM au Plateau, M. Bohoun me propose le poste de directeur général de la TICAD Côte d’Ivoire (la conférence internationale de Tokyo sur le Développement de l’Afrique). Pour cela, il m’a demandé de rentrer définitivement en Côte d’Ivoire avant la fin du mois de mars de la même année. Il était convenu que je rentre le 9 mars, après mon parrain Bouabré qui lui devait rentrer d’un autre voyage aux USA, le 2 mars 2008. Il m’avait promis que le décret de ma nomination serait signé par Laurent Gbagbo, et rendu public le 5 avril au plus tard. J’ai donc répondu à l’exigence du ministre et je suis rentré au pays le 16 mars 2008. Le 17 mars à 20 heures, il m’a reçu à son domicile et nous avons convenu d’une séance de travail à son cabinet du Plateau, pour le 18 mars à 11h30. Le jour de l’audience, je me rends à son cabinet où il me trouve l’excuse du Conseil des ministres qui se tenait dans l’heure qui suivait. Il ne me reçoit donc pas, et ne donnera plus de ses nouvelles. Il ne me recevra plus d’ailleurs, jusqu’à ce que je quitte la Côte d’ivoire le 28 décembre 2008. C’est suite à cette stratégie de Bouabré qui consistait à m’affaiblir en me faisant perdre mon emploi en France, et en me forçant à un chômage dans mon propre pays, que je me suis indigné. J’ai décidé après 26 jours sans nouvelle de M. Bouabré, de saisir moi-même le 11 avril 2008 Laurent Gbagbo, afin de régler mon problème. Et c’est ce qui a attisé sa colère, ainsi que celle de tous ceux avec qui il a usurpé la paternité du dialogue direct. Partant de là, j’ai été soumis à des pressions de toutes sortes : filatures, menaces de mort, tentative d’enlèvement à l’hôtel TIAMA au Plateau etc.

Vous vous attribuez la paternité du dialogue direct interivoirien. Pouvez-vous en dire plus?

Vous savez, le Dialogue direct n'est pas un concept nouveau. N’importe qui pouvait concevoir ce projet, mais il faut reconnaître qu’il fallait y penser. Ce qui n’était pas possible pour le gouvernement Gbagbo, qui a passé plutôt son temps à multiplier les médiations extérieures, sans succès. Aussi, il fallait être un stratège, avoir des amis dans les deux camps, avoir des moyens financiers, inspirer confiance aux deux camps. Il fallait aussi être prêt à risquer sa vie pour son pays. Et je crois que ce sont ces deux dernières vertus qui manquaient dans l’équipe de Gbagbo. Ce qu’il faut retenir, c’est que le projet du dialogue direct a des témoins et non des moindres, qui ont participé aux travaux que j’ai proposés; certains sont actuellement en Côte d’Ivoire et prêts à dire leur part de vérité si c’est nécessaire. De plus, je vous mets au défi de me présenter une coupure de presse dans laquelle M. Gbagbo Laurent dément mes dires. Ma réclamation existe depuis avril 2007. Elle a été officiellement portée à la connaissance de Laurent Gbagbo durant toute l’année 2008.

Et tout ce qu’il a pu trouver comme solution responsable, c’était de me tendre des pièges pour m’éliminer physiquement. M. Gbagbo ne voulait pas désavouer son ministre d’Etat; en plus lui-même était allé jusqu’à l’ONU pour se vanter de la paternité du dialogue direct. D’ailleurs, c’est pour cela que lorsque je suis sorti de la Côte d’Ivoire, j’ai, dès mon arrivée en Europe, porté cette affaire à la connaissance du secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, du président français M. Nicolas Sarkozy, et du facilitateur officiel de l’accord politique de Ouagadougou, le président du Burkina Faso, M. Blaise Compaoré. Malgré toute la pression médiatique qui a suivi, l’avez-vous une fois entendu démentir et dire le nom de celui qui lui a apporté ce concept? Souvenez-vous, en visite d’état le 18 novembre 2009 dans le Worodougou, M. Gbagbo confessait ceci: «Ce sont de bonnes âmes qui m’ont proposé de privilégier la voie du dialogue direct» et récemment en 2010, recevant les chefs coutumiers du Bas-Sassandra au palais, il disait encore ceci : «le dialogue direct m’a été proposé par un Ivoirien». Une preuve supplémentaire que Gbagbo n’est pas l’auteur de ce concept. Enfin, retenez que lors de mon séjour au pays en 2008, j’ai été reçu par la hiérarchie de l’ANSI (Agence Nationale de la Stratégie et l’Intelligentsia, renseignements généraux de la présidence) ; celle-là sait qui est l’auteur du dialogue direct.

Comment avez-vous réussi à amener les protagonistes de la crise ivoirienne à ce dialogue?

Avant tout, par la volonté de ramener la paix dans mon pays! C’est tout simple. J’ai saisi la participation de notre équipe nationale au mondial du football en Allemagne en 2006. J’ai alors conçu et financé sur fonds propres, une stratégie qui consistait à organiser des concerts gratuits de soutien aux Eléphants, dans les grands stades ivoiriens, dont la date du 21 mai 2006 s’est tenue au stade de Bouaké avec succès, en rassemblant 25 mille personnes.

C’est pendant et suite à l’étape de Bouaké, organisée en co-production avec le cabinet du Premier ministre d’alors M. Charles Konan BANNY, que j’ai discrètement négocié et proposé un dialogue direct avec le président Gbagbo, à des chefs militaires FN, dont M. Issiaka WATTAO, chef d’état-major adjoint des Forces Nouvelles. C’est ainsi que j’ai obtenu leur accord de principe ainsi que la promesse de soutien au moment venu, de ma proposition de résolution auprès de leur Secrétaire Général M. Guillaume SORO. Après avoir recueilli leurs revendications réelles qui n’étaient autres que celles pour lesquelles ils avaient pris les armes en 2002, j’ai fait la promesse de faire aboutir leurs positions dans le même mois auprès du président Gbagbo. Ce que je fis avec succès. C’était la première étape. Pour la deuxième étape, j’ai rédigé les revendications des FN ainsi que les solutions à soumettre au président ; les 16, 20, 26 et 28 juin 2006, sous l’assistance du ministre Bouabré et d’un autre représentant du président Gbagbo. Dans la nuit du 27 au 28 juin, Laurent Gbagbo valida mon document ; et m’envoya en mission en vue d’une première rencontre avec les chefs militaires des FN à Abidjan. Il insista même pour les recevoir avant son départ pour le sommet des chefs d’Etat prévu le 2 juillet 2006 à Banjul en Gambie… Il prit lui-même contact avec Guillaume Soro pour soutenir ma démarche. Nous obtenions alors l’accord des FAFN pour une audience le 4 juillet 2006. Les militaires arrivèrent au palais présidentiel ce jour à 16 heures, ils furent bloqués par des agents de la Garde Républicaine qui prétextèrent qu’ils ne devaient pas rentrer avec leurs gallons! C’est là que les choses se sont compliquées.
linter_3947.jpg C’est-à-dire?
C’est-à-dire que les chefs militaires des FN ont été empêchés par des personnes, d’avoir accès au président Gbagbo. Lorsque j’ai été informé de cet incident, j’ai aussitôt contacté M. Bohoun Bouabré qui s’y trouvait déjà, mais il ne répondait plus au téléphone. Après cela, j’ai été approché par des proches de Bouabré qui m’ont conseillé de quitter le territoire ivoirien pour ma sécurité, car il circulerait des rumeurs chez Bouabré, qui consistaient à m’éliminer pour me faire remplacer par un des leurs. J’ai dû quitter Abidjan le 23 juillet 2006 pour Paris, laissant le dossier ''tout prêt'' du dialogue direct entre les mains de Bohoun Bouabré et de Laurent Gbagbo. Puis, le 20 août 2006, j’apprends par des membres du cabinet présidentiel que mon projet était en réalisation par le président Gbagbo, avec Bouabré comme concepteur et Désiré Tagro comme envoyé spécial du président pour le dialogue direct, le poste que j’occupais. C’est là que s’est arrêtée ma prestation officielle.

On parle de l'intervention de certaines personnalités, notamment des présidents Mbéki, du Guide libyen Mouhamar Kadhafi, etc, pour que le dialogue direct de Ouaga soit. Etes-vous sûr que c'est votre action qui a permis à Gbagbo et Soro de se parler directement?

Pas forcément, mais vous venez de dire vous-même, « dialogue direct de Ouaga». En ce qui me concerne, je parle du dialogue direct interivoirien et du processus de sa création. Un concept qui a permis à Laurent Gbagbo d’avoir les vraies revendications des FN et d’y apporter des solutions. Pendant les négociations que j’ai menées, je n’ai pas eu connaissance d’une intervention du guide Libyen ni du président Mbéki. Par contre, dans le document de résolution que j’ai soumis au président Gbagbo, ces autorités ainsi que d’autres devraient y être associées. Et c’est ce que Laurent Gbagbo a fait.

En quelle qualité avez-vous agi?

Je vous l’ai dit. Dans un premier temps, j’ai agi en qualité de simple promoteur d’un évènementiel qui visait à briser le mur de méfiance entre le nord et le sud de la Côte d’Ivoire. Après l’aboutissement de ma négociation avec quelques chefs militaires des FN, j’ai été en mission en qualité d’envoyé spécial du président de la République pour le dialogue direct, le poste que Désiré Tagro a soit disant occupé.

Vous étiez en Côte d'Ivoire. Vous avez tenté en vain de rencontrer le président Gbagbo avant de vous exiler en France. Qu'est-ce qui n'a pas marché?

Ce qui n’a pas marché c’est que M. Bohoun Bouabré, Alcide Djédjé, et feu Désiré Tagro s’étant tous les trois attribués la paternité du projet du dialogue direct, ont dressé un rideau de fer autour de M. Gbagbo, pour que je n’arrive pas à lui. Ensuite, ils ont dû le convaincre de la nécessité de ma mise à l’écart. Pour cette affaire, M. Bouabré était devenu un tiroir-caisse pour certains membres du cabinet du président. Chaque fois qu’un dossier ''Seth Koko'' arrivait sur leur table, il finissait dans les mains de mon spoliateur moyennant argent. D’ailleurs, je mets ces personnes au défi de me contredire et je leur rappellerai l’heure, le jour, le lieu et les intermédiaires… En tout cas, notre présidence n’était plus digne de ce nom.

C’est ce qui n’a pas marché.

Qu'avez-vous voulu lui dire?

(Rires) Je voulais juste dire au chef de l’Etat d’alors, d’où est venue la paix dont il profitait. Je voulais juste lui demander que justice soit rendue et qu’il me rétablisse dans mes droits…

seth koko bur13Comment avez-vous appréhendé la crise post-électorale en Côte d'Ivoire?

Honnêtement, je n’ai pas du tout apprécié le comportement que le président Gbagbo et son LMP ont adopté pendant la compagne, et après la proclamation des résultats provisoires par la Commission Electorale indépendante. De toute façon, vous savez les différentes positions que j’ai prises avant et pendant cette période post-électorale.

Pourquoi aviez-vous soutenu l'intervention militaire de l'ONU et de la France dans cette crise?

Parce que je ne voulais pas que mon pays se transforme en un Rwanda. Les exactions du camp Gbagbo augmentaient de manière inquiétante. Dès le 16 décembre 2010, j’ai commencé à recevoir sur mes sites web, des informations sur des cas de meurtres commis par des patriotes et des miliciens à la solde de Gbagbo. Je savais aussi que Gbagbo avait acheté des armes de destruction massive, et qu’il pouvait les utiliser contre les populations, à cause de sa détermination à conserver le pouvoir. Ce qu’il fît contre les civils à Koumassi, Treichville, Adjamé, Abobo etc. Ce qui a d’ailleurs obligé le président légitime à créer l’armée des FRCI. En plus des tueries de l’armée, des Ivoiriens étaient enlevés, torturés, brulés vifs et tués de jour comme de nuit. Blé Goudé et ses amis s’étaient organisés en bandes pour selon lui « dénoncer tout voisin qui s’opposerait au pouvoir de Gbagbo ». Vous avez vu, à un moment donné, que ce jeune homme avait remplacé les généraux de notre armée. Il s’est même permis de distribuer des armes de guerre aux populations civiles, en ville comme dans les villages, sous prétexte que la Côte d’Ivoire était attaquée et que Gbagbo avait été envoyé par Dieu pour nous sauver. Face à tous ces graves dérapages, aucun intellectuel du LMP ne démissionnait afin de raisonner Gbagbo et son épouse. Plus tard, on apprenait que plusieurs centaines de morts ont été découverts à Duékoué. Notre beau pays était à deux doigts de se transformer en un cimetière géant. Il fallait trouver un sauveur ; l’ONU et la force Licorne étaient là pour protéger la population. Elles étaient donc en droit de prendre leurs responsabilités.

N'était-ce pas une ingérence comme l'ont dénoncé certains?

Vous savez c’est M. Gbagbo et ses amis qui développaient cette thèse de l’ingérence pour abrutir nos parents et isoler notre pays. Moi à ce que je sache, la Côte d’Ivoire fait partie des Etats membres des Nations unies. A ce titre, Laurent Gbagbo a demandé depuis 2002 l’assistance de l’ONU dans la sortie de crise. Le régime Gbagbo avait bénéficié de centaines de milliards par cette institution pour organiser ses élections. Il était tout à fait normal que l’ONU intervienne pour éviter le chaos à la Côte d’Ivoire. Si l’ONU n’avait pas assuré la protection des populations et détruit les armes lourdes que détenait Laurent Gbagbo, je suis sûr qu’on ne serait pas là vous et moi en train de parler.
Vos apports avec les nouvelles autorités?

Nos rapports sont fraternels et de confiance mutuelle. Vous savez que je suis un houphouétiste, et ceux qui sont aujourd’hui au pouvoir sont des purs produits d’Houphouët-Boigny. Ils ont l’intention de travailler avec cette philosophie. Ils m’inspirent confiance. Le président Alassane Ouattara et son gouvernement sont en train de jeter des bases solides pour le retour de l’unité des Ivoiriens, de la démocratie et du travail. Aussi, la Côte d’Ivoire retrouve son respect dans le milieu diplomatique. C’est ce que tout bon patriote peut souhaiter pour son pays.

Votre regard sur les premiers pas du nouveau régime?

D’abord je refuse que vous utilisiez le mot régime car je trouve que ce pouvoir est dirigé par une personne qui a été élue par le peuple, et qui doit œuvrer pour la démocratie et le bien-être des Ivoiriens. Le mot régime est propre aux pouvoirs illégaux qui imposent leur dictat au peuple. Je préfère que vous l’appeliez plutôt le nouveau pouvoir. En effet, je suis content de constater que le président est, lui-même, au-devant des décisions qu’il prend. Cela signifie qu’il les maîtrise et sait de quoi on lui parle ; contrairement à la médiocrité dont certains nous ont habitué ces dix dernières années. Les ministres affichent tous une volonté de bien faire leur travail: ils s’organisent, j’aurais même appris qu’ils seraient notés par trimestre et que chacun aurait à présenter un plan d’action au chef de l’Etat pour le ministère qu’il occupe.

Cela signifie qu’ils auront l’obligation de résultat. Cependant, la réalité est que le peuple qui a élu le président Ouattara, est malade, a faim, est au chômage, et subit encore des violations de droits de l’homme. Alors, il faut aller vite, trouver des solutions pour rassurer les Ivoiriens.

Que pensez-vous des FRCI et de leur structuration actuelle?

Je suis très fier des frères et sœurs qui ont démontré leur patriotisme et leur force de combattre pour la nation, en ratissant toutes les villes de la Côte d’Ivoire en 4 jours jusqu'à Abidjan, pour faire respecter le verdict des urnes. Je pense que ce sont des personnes sur qui les Ivoiriens doivent compter pour la formation d’une armée forte. Mais pour cela, il faudra les encaserner et les former. Je pense que cette armée-là, si elle reçoit la formation militaire adaptée, elle saura protéger nos frontières et pallier toutes les éventualités. Avec cela, vous verrez que nous serons tous sereins pour investir dans notre pays.

Votre regard sur ces éléments et la sécurité des Ivoiriens?

Tout ce que je peux leur dire, et là je le dis au nom de l’ACSCI (Alliance Citoyenne de la Société Civile Ivoirienne) dont je suis le fondateur, c’est que nous avons tous apprécié le service qu’ils ont rendu à la nation. Il est important qu’ils comprennent que la guerre est finie.

Gbagbo qui finançait les mercenaires et les milices a été capturé. Aucun mercenaire et aucune milice ne sera plus une menace pour les FRCI aujourd’hui en Côte d’Ivoire. Cela dit, si nous voulons être réalistes, au moins 15 jours après la capture de Gbagbo, c’est à eux qu’est revenue la protection des populations. Il faut qu’ils arrêtent de martyriser les Ivoiriens dans les villes et villages des provinces. Qu’ils sachent que les abus de pouvoir dont ils se rendent coupables nous parviennent tous les jours et cela risque d’entacher le beau travail qu’ils ont fait. Cela risque de rendre la tâche difficile au chef de l’Etat. De plus, cela nous compliquerait la tâche, lorsque nous prendrons, nous, les filles et fils de ces régions, nos bâtons de pèlerins pour aller expliquer à nos parents, la nécessité de la réconciliation nationale.

Avez-vous des propositions pour la nouvelle armée?

Pour qu’il n’y ait pas un nouveau débat qui va encore trainer et compliquer les choses, je trouve qu’il serait mieux que les ministères en charge de cette question appliquent directement la feuille de route de l’accord politique de Ouagadougou avec le Centre de commandement intégré (CCI). Là-dessus, le président l’avait dit lors de sa campagne et nous voyons que les choses sont en train d’évoluer dans ce sens avec le dernier séminaire de Bassam; alors attendons de voir. Maintenant si je puis me le permettre, c’est juste un conseil que je peux donner aux chefs des différents corps d’armée : « La réussite de cette armée dépendra de leur degré de patriotisme». Qu’ils acceptent, et qu’ils ne créent pas de poches de résistance si demain certains venaient à avoir un redressement de leurs grades.

Avant tout, un bon soldat, c’est la discipline, c’est celui qui se soumet aux décisions de sa hiérarchie. Ainsi, c’est la Côte d’Ivoire qui gagnera et c’est eux qui seront de vrais héros, si jamais ils arrivaient à intégrer cette nouvelle armée dans la discipline.

Votre avis sur la commission Dialogue – Vérité et réconciliation et la personnalité qui l'incarne?

La création de cette commission est une très bonne chose. Le Premier ministre Charles Konan Banny qui en est le président, est une personne crédible, digne de confiance. Il fallait créer ce cadre pour permettre aux spoliés et exilés comme nous de dire notre part de vérité ; mais surtout pour que toutes les régions de la Côte d’Ivoire se retrouvent pour régler une fois pour toutes, les problèmes qui nous minent depuis la mort du président Houphouët-Boigny.

Comment réussir cette réconciliation après ce qu'a donné le forum de 2001?

Il faudra que cette commission soit présidée par cinq personnes: par le président Charles K. Banny (originaire du centre), suppléé par 4 vice-présidents. Le premier doit être du Moyen-Cavally où se trouve le peuple le plus meurtri, le second du Sud-Ouest, précisément de la région de M. Gbagbo. C’est à ce dernier qu’il reviendra de diriger les travaux dans cette région et de parler au peuple Krou en général de ce qui s’est passé dans le pays et expliquer pourquoi ils doivent aller à la réconciliation. Le troisième doit être du Sud-Est, précisément de la région des 3’A’ ou de l’Indénié, et le quatrième du Nord. C’est à ces vice-présidents qu’il reviendra de faire en sorte que nos parents, dans leurs localités, se sentent impliqués et concernés par le processus. Ces vice-présidents devront eux-mêmes conduire les missions de proximité. Au cours de celles-ci, ils devront recueillir et rassembler les témoignages des villageois ainsi que leurs propositions de solutions adaptées aux différentes localités, qu’ils transmettront à la présidence centrale dirigée par le Premier ministre Banny. Ceci devra se faire en toute transparence et dans le respect des coutumes de chaque région. Pour ce qui concerne les solutions aux conditions ou aux conclusions des travaux dans les régions, la commission devra y mettre un minimum de 6 mois pour rendre ses conclusions définitives.

En ce qui concerne les acteurs politiques en exil, il suffira juste de dresser une liste précise des personnes ou personnalités non poursuivies par la justice, et qui voudraient rentrer au pays. Ces derniers une fois sur le sol ivoirien, devront bénéficier d’une tribune publique à laquelle ils pourront s’exprimer et dire leur part de vérité à la nation. Ils devraient pouvoir obtenir un soutien pour leur réinsertion. Il faudra que cette commission accomplisse sa mission dans un maximum de 18 mois après le démarrage de ses travaux. Les conclusions de ces travaux devront se solder non seulement par l’obtention du pardon et de la réconciliation des peuples, mais aussi par la rédaction d’un livre d’histoire de l’après Houphouët-Boigny. Le chef de l’Etat devra décréter l’instauration d’une journée nationale du souvenir et du pardon. Voici un peu ma vision résumée sur la commission vérité et réconciliation, sachant que je l’ai fait à titre indicatif. Et ce qu’il faudra retenir dans tout cela, c’est que les problèmes de notre pays viennent avant tout des politiques ; mais je pense que si nous arrivons à bien associer la base que sont nos chefs coutumiers dans nos différentes régions, la Côte d’ Ivoire retrouvera sa cohésion d’antan.

Seth-Koko-1.JPGJustice et réconciliation, qu'en dites-vous?

C’est une très bonne chose. On ne peut pas réconcilier les parents de la fille ou du fils qui a été tué et les parents de celui ou celle qui les a tués sans que le tueur ne soit emprisonné !

Quels sorts pour les cadres LMP au moment où l'on parle de prochaines législatives en Côte d'Ivoire?

Il faut des mandats d’arrêt contre ceux qui on commis des délits et qui sont en fuite, la prison pour ceux qui sont reconnus coupables et qui sont en Côte d’Ivoire, la liberté d’expression et de circulation pour ceux qui sont ''propres''. Peu importe le nombre. Qu’ils soient 200 ou 400, ils doivent payer pour avoir tué et fait tuer des êtres humains. C’est cela un Etat de droit. Il n’y a que comme cela que notre justice sera forte et respectée. Et cela servira d’exemple au peuple et au pouvoir en place. Je sais que vous allez me parler de sacrifice à faire pour la réconciliation. Je vous dis tout de suite qu’elles sont au moins au nombre de 300, les personnes recherchées. Mais la Côte d’Ivoire compte plus de 20 millions d’habitants. C’est ceux-là qu’il faut réconcilier. Celui qui voudra conditionner sa réconciliation à la libération d’un criminel, il vaudra d’abord qu’il ressuscite les morts des familles qui souffrent aujourd’hui. Et parlant de LMP par rapport aux législatives, notez que leur formation politique se proclame ''la majorité présidentielle'', non! Hé bien qu’ils positionnent le reste de leurs cadres, pour défendre leur vision aux législatives. De plus ayant bien travaillé pour le pays, il n’y a aucune raison pour qu’ils s’inquiètent, car le peuple va les récompenser pour leurs bons et loyaux services durant ces dix dernières années !

A quand la fin de votre exil et quelle ambition nourrissez-vous?

Honnêtement, la fin de mon exil est entre les mains du chef de l’Etat et de la commission vérité et réconciliation. A ce jour, j’ai trop d’ennemis au pays pour avoir désavoué Laurent Gbagbo dans l’affaire du dialogue direct, et récemment pour avoir soutenu le président Ouattara dans le combat pour le respect du verdict des urnes. Ceci dit, la médiation pour mon retour au pays était entre les mains du président Nicolas Sarkozy au temps de M. Gbagbo. Mais au vu de la crédibilité dont bénéficie le pouvoir du président Ouattara auprès de l’Elysée, je viens de recevoir une lettre du Quai d’Orsay me demandant formellement de prendre contact avec les nouvelles autorités ivoiriennes. Et là, je suis en attente d’une audience avec notre ambassadeur S.E. Ally Coulibaly, afin de lui transmettre mon dossier que son prédécesseur Pierre Kipré détenait. C’est après cette audience que je pourrai en dire plus sur mon retour au pays. Concernant mes ambitions, j’aimerais rentrer pour reprendre mes investissements là où je les ai laissés, car c’est ce qui m’a toujours passionné. Et enfin, j’ai l’intention de me présenter aux législatives chez moi à Guibéroua, si Dieu le veut.
Entretien réalisé par Félix D.BONY

L'Inter

 


 

 

 

Les Vérités de Seth Koko hier sur IVOIRTV.NET

Avant la réunion de l'UA, Seth koko BlackSeth Koko, invité spécial  de TV LIVE dit ses vérités.

ivoirtv.net.jpgTHEME : Crise Post-électorale en Côte d'Ivoire

Cliquez sur le logo pour visualiser L'interview

DATE: 09 mars 2011

Cote-divoire-drapeau.jpgHEURE : 17 H (New-York) 23H (Paris) , 22H (Abidjan)

 


 

Un diplomate révèle des menaces sur l’accord de Ouaga

INTERVIEW

Samedi 25 octobre 2008 - Par L’INTER

 

  • Ses déboires pour rencontrer le chef de l’Etat

 

M. Seth Guédé Koko est un jeune ivoirien œuvrant dans la diplomatie de l’ombre au service du pouvoir. Il y a peu, il a porté des accusations contre des personnalités de la place, qu’il accuse de vouloir le tuer. Aujourd’hui, M. Seth rompt avec le langage diplomatique pour en dire plus sur cette affaire.

 

M. Guédé, vous avez décidé d’en dire davantage sur les accusations portées récemment contre des personnalités de la place. Pourquoi ce revirement soudain ?

J’ai décidé d’en dire un peu plus, parce que la dernière fois, il s’agissait d’une conférence de presse. J’ai décidé de revenir sur cette affaire pour donner des détails sur ce que j’avais dit.

 

Quel impair le ministre Bohoun a-t-il commis ?

Je suis diplomate et si je me permets de parler aujourd’hui, c’est parce que ma sécurité est menacée, et non parce que j’ai envie de me faire simplement entendre. Ma sécurité étant menacé, je suis obligé de rompre de silence et dire qu’il y a un problème dans le dialogue direct. Bohoun Bouabré a commis un impair que je dois garder confidentiel pour le moment. Si jamais je ne suis pas écouté, je serai obligé de parler pour me défendre. Quand on me diabolise auprès d’un chef d’Etat, c’est un danger pour moi. Si d’aventure, je ne suis pas écouté, je serai obligé de parler pour me défendre.

 

Si cet impair est une menace pour le dialogue direct, pourquoi ne pas en parler maintenant ?

 

Le dialogue direct a donné une chance à la Côte d’Ivoire parce qu’il a permis de pondre l’accord politique de Ouagadougou qui est en train de nous conduire vers les élections aujourd’hui. Si je me permets, en tant qu’Ivoirien et patriote, de parler de cet impair dans un journal, ce serait mettre le désordre dans le dialogue direct. Parce que je vous dis que je suis une pièce importante dans le dialogue direct, et Bohoun Bouabré le sait. Normalement, je ne dois pas parler. C’est pourquoi, j’ai fait dix mois ici, sans rien dire. Je voudrais dire seulement au président de la République qu’il y a un feu qui couve dans la maison parce que je suis du camp présidentiel. Il y a un feu qui est en train de s’allumer dans sa maison par la faute de notre frère, Bohoun. Il faut qu’il éteigne ce feu avant qu’il ne se propage.

 

Si vous ne crevez pas l’abcès, comment le guérir ?

J’ai déjà cassé assez d’œufs en parlant de dialogue direct. Sachez que le dialogue direct est très fragile. Donc avant de s’attaquer au dialogue direct, il faut qu’il y ait un problème, il faut qu’il y ait obligation de parole. Si je ne parle pas, je ne serai pas en sécurité. Vous êtes un homme comme moi. Quand la chair est influencée, quand un individu comme moi est étouffé par une seule personne pour des intérêts personnels, à un moment donné, si tu veux sauver la nation, tu te permets de parler pour que tout le monde sache qu’il y a un problème. Et comme on a un chef, je suis sûr que ce chef est sensible à ce genre de situation, surtout pour le dialogue direct, je suis obligé de me limiter à cela.

 

Qu’est-ce que le ministre Bohoun Bouabré vous attribue d’avoir fait au chef de l’Etat ?

Je ne sais pas et c’est ça qui m’étonne. Qu’est-ce je pourrai faire au chef de l’Etat ? Rien. Je voudrais vous dire que je suis un agneau pour le président Gbagbo. Je ne suis pas un arriviste dans le milieu politico-diplomatique de la Côte d’Ivoire. De 2003 à 2004, j’ai beaucoup œuvré pour le retour de la paix en Côte d’Ivoire. J’ai conduit plusieurs missions diplomatiques en Côte d’Ivoire et les autorités qui m’ont reçu à cette époque sont là pour en témoigner. Donc je ne peux pas faire de mal au président de la République. En 2006, devant l’opportunité du rapprochement des Ivoiriens que nous offrait le mondial du football, j’ai organisé et financé la caravane de la paix dans les zones CNO et dans les autres régions de la Côte d’Ivoire. Cela a été organisé et financé par ma personne avec le nom du président de la République, puisque c’était sous son haut patronage, et ces manifestations ont eu lieu. Je ne le faisais pas pour être un ennemi de la Côte d’Ivoire. Sans oublier tout ce que j’ai pu poser comme actes pour le retour de la paix en Côte d’Ivoire, dont je ne parlerai pas maintenant. Le seul problème de Bouabré, c’est qu’il ne veut pas que je m’approche du président de la République. Parce que si je le fais, il y aura beaucoup de chose que je peux dire au président. Pour ne pas me faire passer pour un fauteur de trouble, j’ai préféré me taire, passer par la négociation, passer par la voie officielle qui est celle de la demande d’audience, et pendant dix mois, il n’y a pas eu de suite. Je ne sais pas dans quel pays on peut faire une demande d’audience au chef de l’Etat, sans qu’il n’y ait de suite. Si ce n’est pas arrivé au président, ça veut dire qu’il y a un rideau de fer.

 

C’est étonnant que l’acteur du dialogue direct que vous êtes ait des problèmes d’accès au chef de l’Etat !

A ce jour, j’ai besoin d’une audience pour rencontrer le chef de l’Etat parce qu’à un moment donné, quand il y a des individus qui veulent cacher certaines choses au président, en Côte d’Ivoire, le gens ont tendance à tout cacher au président et à la fin ça explose, ce qui est en train d’arriver. Il y a des gens qui son passés par le dialogue direct pour s’enrichir aujourd’hui. Ils ne veulent pas qu’on arrive au président parce qu’ils ne veulent pas qu’il y ait beaucoup de déclarations, ils ne veulent pas non plus que les gens avancent sur certaines choses. C’est ce que j’ai à dire.

 

Quel problème le dialogue direct a-t-il réellement ?

Permettez-moi d’en parler avec le président. C’est un problème qu’on ne peut mettre sur la place publique. Comme je le disais tout à l’heure, je ne devais jamais parler. Je devais rester dans l’anonymat. C’est comme ça quand on est diplomate. Le diplomate conçoit, mène des missions et ne parle jamais. Si je parle c’est parce que j’ai peur de quelque chose. Ma sécurité est menacée. Je n’aimerais pas que les Ivoiriens disent « voilà quelqu’un, nous sommes en pleine préparation des élections, et c’est maintenant qu’il se permet de parler ».

 

Qu’est ce que le ministre Bohoun Bouabré a à voir avec le dialogue direct ?

C’est un acteur influent du dialogue direct.

 

C’est vous qui nous l’apprenez.

Je vous le dis parce les ministres Bohoun Bouabré et Désiré Tagro sont des maillons important du dialogue direct.

 

Quel est le rôle que vous avez joué dans le dialogue direct ?

Mon travail ne me permet pas d’étaler le rôle que j’ai joué dans le dialogue direct. Je parle parce que j’ai envie d’être en sécurité.

 

On a toujours du mal à cerner ce que vous dites ?

Si l’opinion a du mal à cerner la pertinence de mes propos, cette même opinion ne pourra pas me pardonner d’avoir sorti le mot que vous voulez savoir. Nous sommes en période de paix et de réconciliation. Si je suis vraiment patriote, quel que soit le cri du cœur que je ferai, je dois me taire sur ce que j’ai fait pour le dialogue direct pour que la Côte d’Ivoire puisse avancer. Je tiens juste à dire à l’opinion que je suis une pièce maîtresse du dialogue direct.

 

Quelles sont les relations qui vous lient au ministre Bohoun Bouabré ?

Nous avions des relations de fraternité et d’amitié. Parce que je fais partie d’une organisation internationale d’investisseurs qui travaillent beaucoup en Côte d’Ivoire et dans le monde. Donc, Bohoun Bouabré et moi avions de très bonnes relations jusqu'à ce qu’aujourd’hui je me retrouve dans cette situation.

 

Depuis quand le connaissez-vous ?

Depuis le 16 juin 2006 dans le cadre du dialogue direct.

 

En 2006 déjà ?

Le dialogue direct n’a pas commencé qu’au 16 juin 2006. Vous pouvez le vérifier, le dialogue  direct a commencé avant.

 

Lors de votre conférence de presse, vous avez dit que Bohoun Bouabré vous avait fait venir en Côte d’Ivoire en janvier 2008. Pour quelle raison ?

Je suis venu le 14 janvier 2008 lorsque le ministre Bohoun Bouabré devait être nommé à la BCEAO (Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest). En janvier j’étais venu pour cette mission de la BCEAO. Je suis reparti en France en février et je suis revenu le 16 mars en Côte d’Ivoire, toujours à la demande de Bohoun Bouabré. Mais je suis venu pour la dernière fois le 16 mars 2008 dans le cadre d’un travail diplomatique.

 

C’est ce travail qui n’a pas marché ?

Ce travail n’a pas marché parce qu’une fois que je suis venu en Côte d’Ivoire, M. Bohoun Bouabré s’est dérobé.

 

Pourquoi n’êtes-vous pas retourné, alors, d’où vous êtes venu ?

Je ne pouvais pas retourner tranquillement en France parce que je trouvais que c’était un peu trop. Trop c’est trop.

 

Pourquoi vous entêtez-vous dans une histoire qui peut vous coûter la vie ?

Depuis le mois de mars, une fois que je me retirais, je n’étais plus en sécurité. Il était mieux pour moi de continuer pour être en sécurité. C’est ce que je suis en train de faire aujourd’hui. Si je me retirais pour la France, pour la Suisse ou pour les Etats-Unis. De là-bas, je pouvais toujours rentrer en Côte d’Ivoire, je serais toujours quelqu’un dans l’anonymat, je serais facile à atteindre. Voila pourquoi, j'ai préféré, pour sécuriser ma vie, rester là pour en arriver là où nous sommes.

 

Pourquoi le ciel vous tombe t-il dessus, donc ?

C’est parce que je suis détenteur de secret diplomatique. Et ce secret, personne ne veut que ça n’arrive au président.

 

 

Entretien réalisé par F. Diby BONY et Yacouba DOUMBIA, et publié le 25 octobre 2008 dans le N°3136 du quotidien ivoirien d’information L’INTER. www.linter-ci.com

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intro.gifSeth Koko invité spécial sur Radio AFRICASBEAT.COM,12 décembre 2009.

seth koko bur 14L'interview de Seth Koko dans l'émission débat "RAS LE BOL" depuis Seattle Washington USA
Ecouter l'Interview: cliquez sur le lien ci-dessous

Télécharger l'interview de Seth Koko sur Africasbeat Radio le 12  décembre 2009 

 

 

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logo-fr-24.pngSeth Koko sur France24 le 15 février 2010

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  • : Homme de paix et de vérité, Auteur du projet du Dialogue Direct inter-Ivoirien qui a ramené la paix en Côte d'Ivoire entre 2006 et 2010, stratège diplomatique de formation. Il a longtemps œuvré dans une diplomatie discrète au profit de l'ancien chef de l'Etat ivoirien, Laurent Gbagbo à qui il finit par s'opposer. Il fut Leader d'opinion pour la défense des droits des populations de 2009 à 2012. Seth koko développe désormais ses affaires dans le secteur de l'Investissement
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·        Le peuple ivoirien a été abusé pendant 10 ans par Laurent Gbagbo et ses amis du FPI.

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