SUR CE BLOG ON DIT HAUT CE QUE GBAGBO
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Un diplomate révèle des
menaces sur l’accord de Ouaga
INTERVIEW
Samedi 25 octobre 2008 - Par L’INTER
M. Seth Guédé Koko est un jeune ivoirien œuvrant dans la diplomatie de l’ombre au service du pouvoir. Il y a peu, il a porté des accusations contre des personnalités de la place, qu’il accuse de vouloir le tuer. Aujourd’hui, M. Seth rompt avec le langage diplomatique pour en dire plus sur cette affaire.
M. Guédé, vous avez décidé d’en dire davantage sur les accusations portées récemment contre des personnalités de la place. Pourquoi ce revirement soudain ?
J’ai décidé d’en dire un peu plus, parce que la dernière fois, il s’agissait d’une conférence de presse. J’ai décidé de revenir sur cette affaire pour donner des détails sur ce que j’avais dit.
Quel impair le ministre Bohoun a-t-il commis ?
Je suis diplomate et si je me permets de parler aujourd’hui, c’est parce que ma sécurité est menacée, et non parce que j’ai envie de me faire simplement entendre. Ma sécurité étant menacé, je suis obligé de rompre de silence et dire qu’il y a un problème dans le dialogue direct. Bohoun Bouabré a commis un impair que je dois garder confidentiel pour le moment. Si jamais je ne suis pas écouté, je serai obligé de parler pour me défendre. Quand on me diabolise auprès d’un chef d’Etat, c’est un danger pour moi. Si d’aventure, je ne suis pas écouté, je serai obligé de parler pour me défendre.
Si cet impair est une menace pour le dialogue direct, pourquoi ne pas en parler maintenant ?
Le dialogue direct a donné une chance à la Côte d’Ivoire parce qu’il a permis de pondre l’accord politique de Ouagadougou qui est en train de nous conduire vers les élections aujourd’hui. Si je me permets, en tant qu’Ivoirien et patriote, de parler de cet impair dans un journal, ce serait mettre le désordre dans le dialogue direct. Parce que je vous dis que je suis une pièce importante dans le dialogue direct, et Bohoun Bouabré le sait. Normalement, je ne dois pas parler. C’est pourquoi, j’ai fait dix mois ici, sans rien dire. Je voudrais dire seulement au président de la République qu’il y a un feu qui couve dans la maison parce que je suis du camp présidentiel. Il y a un feu qui est en train de s’allumer dans sa maison par la faute de notre frère, Bohoun. Il faut qu’il éteigne ce feu avant qu’il ne se propage.
Si vous ne crevez pas l’abcès, comment le guérir ?
J’ai déjà cassé assez d’œufs en parlant de dialogue direct. Sachez que le dialogue direct est très fragile. Donc avant de s’attaquer au dialogue direct, il faut qu’il y ait un problème, il faut qu’il y ait obligation de parole. Si je ne parle pas, je ne serai pas en sécurité. Vous êtes un homme comme moi. Quand la chair est influencée, quand un individu comme moi est étouffé par une seule personne pour des intérêts personnels, à un moment donné, si tu veux sauver la nation, tu te permets de parler pour que tout le monde sache qu’il y a un problème. Et comme on a un chef, je suis sûr que ce chef est sensible à ce genre de situation, surtout pour le dialogue direct, je suis obligé de me limiter à cela.
Qu’est-ce que le ministre Bohoun Bouabré vous attribue d’avoir fait au chef de l’Etat ?
Je ne sais pas et c’est ça qui m’étonne. Qu’est-ce je pourrai faire au chef de l’Etat ? Rien. Je voudrais vous dire que je suis un agneau pour le président Gbagbo. Je ne suis pas un arriviste dans le milieu politico-diplomatique de la Côte d’Ivoire. De 2003 à 2004, j’ai beaucoup œuvré pour le retour de la paix en Côte d’Ivoire. J’ai conduit plusieurs missions diplomatiques en Côte d’Ivoire et les autorités qui m’ont reçu à cette époque sont là pour en témoigner. Donc je ne peux pas faire de mal au président de la République. En 2006, devant l’opportunité du rapprochement des Ivoiriens que nous offrait le mondial du football, j’ai organisé et financé la caravane de la paix dans les zones CNO et dans les autres régions de la Côte d’Ivoire. Cela a été organisé et financé par ma personne avec le nom du président de la République, puisque c’était sous son haut patronage, et ces manifestations ont eu lieu. Je ne le faisais pas pour être un ennemi de la Côte d’Ivoire. Sans oublier tout ce que j’ai pu poser comme actes pour le retour de la paix en Côte d’Ivoire, dont je ne parlerai pas maintenant. Le seul problème de Bouabré, c’est qu’il ne veut pas que je m’approche du président de la République. Parce que si je le fais, il y aura beaucoup de chose que je peux dire au président. Pour ne pas me faire passer pour un fauteur de trouble, j’ai préféré me taire, passer par la négociation, passer par la voie officielle qui est celle de la demande d’audience, et pendant dix mois, il n’y a pas eu de suite. Je ne sais pas dans quel pays on peut faire une demande d’audience au chef de l’Etat, sans qu’il n’y ait de suite. Si ce n’est pas arrivé au président, ça veut dire qu’il y a un rideau de fer.
C’est étonnant que l’acteur du dialogue direct que vous êtes ait des problèmes d’accès au chef de l’Etat !
A ce jour, j’ai besoin d’une audience pour rencontrer le chef de l’Etat parce qu’à un moment donné, quand il y a des individus qui veulent cacher certaines choses au président, en Côte d’Ivoire, le gens ont tendance à tout cacher au président et à la fin ça explose, ce qui est en train d’arriver. Il y a des gens qui son passés par le dialogue direct pour s’enrichir aujourd’hui. Ils ne veulent pas qu’on arrive au président parce qu’ils ne veulent pas qu’il y ait beaucoup de déclarations, ils ne veulent pas non plus que les gens avancent sur certaines choses. C’est ce que j’ai à dire.
Quel problème le dialogue direct a-t-il réellement ?
Permettez-moi d’en parler avec le président. C’est un problème qu’on ne peut mettre sur la place publique. Comme je le disais tout à l’heure, je ne devais jamais parler. Je devais rester dans l’anonymat. C’est comme ça quand on est diplomate. Le diplomate conçoit, mène des missions et ne parle jamais. Si je parle c’est parce que j’ai peur de quelque chose. Ma sécurité est menacée. Je n’aimerais pas que les Ivoiriens disent « voilà quelqu’un, nous sommes en pleine préparation des élections, et c’est maintenant qu’il se permet de parler ».
Qu’est ce que le ministre Bohoun Bouabré a à voir avec le dialogue direct ?
C’est un acteur influent du dialogue direct.
C’est vous qui nous l’apprenez.
Je vous le dis parce les ministres Bohoun Bouabré et Désiré Tagro sont des maillons important du dialogue direct.
Quel est le rôle que vous avez joué dans le dialogue direct ?
Mon travail ne me permet pas d’étaler le rôle que j’ai joué dans le dialogue direct. Je parle parce que j’ai envie d’être en sécurité.
On a toujours du mal à cerner ce que vous dites ?
Si l’opinion a du mal à cerner la pertinence de mes propos, cette même opinion ne pourra pas me pardonner d’avoir sorti le mot que vous voulez savoir. Nous sommes en période de paix et de réconciliation. Si je suis vraiment patriote, quel que soit le cri du cœur que je ferai, je dois me taire sur ce que j’ai fait pour le dialogue direct pour que la Côte d’Ivoire puisse avancer. Je tiens juste à dire à l’opinion que je suis une pièce maîtresse du dialogue direct.
Quelles sont les relations qui vous lient au ministre Bohoun Bouabré ?
Nous avions des relations de fraternité et d’amitié. Parce que je fais partie d’une organisation internationale d’investisseurs qui travaillent beaucoup en Côte d’Ivoire et dans le monde. Donc, Bohoun Bouabré et moi avions de très bonnes relations jusqu'à ce qu’aujourd’hui je me retrouve dans cette situation.
Depuis quand le connaissez-vous ?
Depuis le 16 juin 2006 dans le cadre du dialogue direct.
En 2006 déjà ?
Le dialogue direct n’a pas commencé qu’au 16 juin 2006. Vous pouvez le vérifier, le dialogue direct a commencé avant.
Lors de votre conférence de presse, vous avez dit que Bohoun Bouabré vous avait fait venir en Côte d’Ivoire en janvier 2008. Pour quelle raison ?
Je suis venu le 14 janvier 2008 lorsque le ministre Bohoun Bouabré devait être nommé à la BCEAO (Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest). En janvier j’étais venu pour cette mission de la BCEAO. Je suis reparti en France en février et je suis revenu le 16 mars en Côte d’Ivoire, toujours à la demande de Bohoun Bouabré. Mais je suis venu pour la dernière fois le 16 mars 2008 dans le cadre d’un travail diplomatique.
C’est ce travail qui n’a pas marché ?
Ce travail n’a pas marché parce qu’une fois que je suis venu en Côte d’Ivoire, M. Bohoun Bouabré s’est dérobé.
Pourquoi n’êtes-vous pas retourné, alors, d’où vous êtes venu ?
Je ne pouvais pas retourner tranquillement en France parce que je trouvais que c’était un peu trop. Trop c’est trop.
Pourquoi vous entêtez-vous dans une histoire qui peut vous coûter la vie ?
Depuis le mois de mars, une fois que je me retirais, je n’étais plus en sécurité. Il était mieux pour moi de continuer pour être en sécurité. C’est ce que je suis en train de faire aujourd’hui. Si je me retirais pour la France, pour la Suisse ou pour les Etats-Unis. De là-bas, je pouvais toujours rentrer en Côte d’Ivoire, je serais toujours quelqu’un dans l’anonymat, je serais facile à atteindre. Voila pourquoi, j'ai préféré, pour sécuriser ma vie, rester là pour en arriver là où nous sommes.
Pourquoi le ciel vous tombe t-il dessus, donc ?
C’est parce que je suis détenteur de secret diplomatique. Et ce secret, personne ne veut que ça n’arrive au président.
Entretien réalisé par F. Diby BONY et Yacouba DOUMBIA, et publié le 25 octobre 2008 dans le N°3136 du quotidien ivoirien d’information L’INTER. www.linter-ci.com
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