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Les Titres des Journaux ivoiriens
dernière mise à jour le 18/04/2010
la Revue de presse du 14-12-2010
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L'ACTU ARCHIVEE PAR SETH KOKO
jeudi 17 décembre 2009 par Hervé KPODION
jeudi 17 décembre 2009 par Hervé KPODION
Voici comment la France a soutenu le régime Gbagbo
A l’origine, il y a méprise. Depuis les changements de régimes en France qui ont occasionné un vent de démocratisation de la plupart des Etats africains et levé le
voile sur le réseau des relations qu’entretenait la Puissance avec certaines de ses colonies, beaucoup de choses ont changé. A l’occasion du coup d’Etat du 24 décembre 1999 en Côte d’Ivoire, la
France n’est pas intervenue contrairement à ce que beaucoup souhaitaient. C’est la même posture qu’elle a adoptée au lendemain du 19 septembre 2002, c’est-à-dire « la non-ingérence et la
non-indifférence » face aux affaires intérieures d’un pays tiers. Ceux qui n’ont pas connaissance de cette nouvelle politique, continuent de s’interroger sur la non-intervention de l’armée
française pour contrer la rébellion du 19 septembre 2002. Laurent Gbagbo et ses partisans en font partie. Depuis une dizaine d’années, ils continuent de ruminer ce « dépit amoureux » envers
l’ex-puissance tutélaire qui aurait dû écraser Chérif Ousmane et ses compagnons. Dans leur dénonciation du rôle de la France, ils développent depuis un moment, l’idée selon laquelle, ce pays
serait engagé pour une partie de la classe politique contre une autre. Or, à regarder dans le rétroviseur, l’objectivité nous recommande de reconnaître que sans la France, à travers l’ensemble de
ses gouvernements de gauche ou de droite, le combat du FPI n’aurait jamais abouti. Laurent Gbagbo ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui. Pendant les longues années où Gbagbo a été dans
l’opposition, lui-même et son parti ont bénéficié d’une certaine sympathie de la part des autorités françaises. Rappels historiques.
1982 – 1988 : Six années d’asile pour un exil doré
Ce sont les six ans d’exil. Laurent Gbagbo lui-même ne cesse de le rappeler : « On m`a traité de jeune bourgeois qui veut fuir le lieu de combat. Là aussi, je savais que c`était le chemin. Donc,
premièrement, j`avais convaincu les camarades qu`il fallait mener le combat pour la démocratie. Deuxièmement, je les ai convaincus qu`il faut que l`un d`entre nous aille en exil ». Il a quitté la
Côte d’Ivoire pour se refugier en France en qualité d’exilé politique. Ce statut est accordé par les Etats et non par les individus. Selon l'article 4 du préambule de la constitution de 1946 en
France, «tout homme persécuté en raison de son action en faveur de la liberté a droit d'asile sur les territoires de la république».
Ce n’est donc pas une question d’amitié qui a rendu possible ses six ans passés en France. Laurent Gbagbo a bénéficié d’un statut d’exilé politique avec tous les avantages y afférents. Malgré un
refus officiel qui lui a été signifié en avril 1982, pour ne pas brouiller les relations avec Houphouët, Gbagbo recevait régulièrement de l’argent du gouvernement et la protection des services
secrets. Toute chose qui lui a permis de préparer des livres dont « Agir pour les libertés », et de faire ses choix politiques.
Octobre 2000 :
le soutien électoral
C’est l’année de la consécration pour lui. Nous sommes le 25 octobre. Opposé au Général Guéi dans le cadre d’une compétition électorale qui a exclu les candidats du RDR et du PDCI, Laurent Gbagbo
peine à se faire élire par les urnes. Alors, il profile une stratégie de révolte militaire avec ses soutiens à la gendarmerie et dans l’armée. Lorsque le Général Guéi proclame son élection,
l’opposant Laurent Gbagbo ne sait plus à quel saint se vouer. Il reçoit un coup de fil d’une haute personnalité de Matignon, lui disant de prendre les dispositions et qu’à compter de cet instant,
il sera sous protection française. Le gouvernement français met alors en branle une machine diplomatique et militaire. Gbagbo s’engouffre dans le coffre de la voiture de son conseiller, Lida
Kouassi Moïse pour la Résidence de France. C’est là que le ciel commence à s’éclaircir pour lui. RFI, une radio officielle de l’Etat français, directement rattachée au ministère des Affaires
étrangères lui ouvre ses ondes. Les Ivoiriens ont pu l’entendre s’autoproclamer. «A partir de cet instant, le Chef de l’Etat, c’est moi. Je demande à tous les Ivoiriens de prendre la rue jusqu’à
ce que le Général Guéi recule ». Le rapport de force a donc changé de camp. Laurent Gbagbo, sous protection de la France, trouve la force de croire en sa victoire. Recherché par les hommes de la
garde prétorienne du chef de la junte, il n’a pu être arrêté jusqu’à ce que la rue vienne en soutien aux blindés de la gendarmerie qui avaient quitté les camps pour combattre le Général Guéi.
Lors du déroulement des opérations électorales, le Parti socialiste français était présent. Un signe que la France n’entendait pas abandonner son poulain. Ce pays a été le premier du monde
occidental à envoyer une lettre de félicitation pour l’élection de Gbagbo. Le gouvernement français s’était même opposé au Président Thabo Mbeki de l’Afrique du Sud qui réclamait la reprise du
scrutin afin qu’y participent des candidats de poids que sont Alassane Ouattara et Konan Bédié.
La France n’a pas demandé de nouvelles élections. Pour le gouvernement français, d’alors «il n'est manifestement pas question de remettre en cause cette élection». L'installation de Gbagbo
permettrait au pays «d'échapper au chaos», poursuivait Hubert Védrine, le ministre français des Affaires étrangères de l’époque, qui déclarait l'élection « légale, dans le sens où elle est
conforme à la légalité ivoirienne ». Il existait des liens très forts entre le PS et le FPI. Michel Rocard, député influent du PS, avait été chaleureusement applaudi en annonçant à un groupe
d'études que Guéï avait été renversé et que « notre camarade Gbagbo est Président de la Côte d'Ivoire ». Henri Emmanuelli, le député PS qui dirige le groupe d'amitié France-Côte d'Ivoire, a
fortement supporté Gbagbo comme le nouveau président en déclarant que ce dernier « jouit d'une culture démocratique et d'une force de caractère pour consolider le rétablissement d'une démocratie
fonctionnelle. »
Mai 2001 : des experts du
Trésor français avec Gbagbo
Le gouvernement ivoirien est asphyxié. Il n’y a pas d’argent dans les caisses de l’Etat. C’est encore la France qui met à la disposition de Gbagbo, des experts de Bercy (siège du ministère de
l’Economie et des Finances) et du Trésor français afin de l’aider à ficeler les dossiers pour aller les défendre au Club de Paris, à la Banque Mondiale et au Fonds monétaire international. En ce
moment-là, le gouvernement ivoirien, était un regroupement de théoriciens, forts en thèmes, des « profs » incapables de traduire dans les faits les connaissances livresques.
19 septembre-décembre 2002 : Le soutien logistique
Laurent Gbagbo est en Italie. Après avoir été informé du coup d’Etat qui s’opérait à Abidjan, son premier réflexe, n’a pas été de joindre Lida Kouassi Moïse, son ministre de la Défense, encore
moins le Général Mathias Doué, le chef d’Etat-major. Gbagbo a voulu, encore une fois, se confier à la France. Les contacts téléphoniques n’ont pu établir la liaison avec le Président Chirac.
Toutefois, ses amis socialistes lui ont fait comprendre que la situation n’était pas aussi dramatique.
A Abidjan pourtant, l’armée est totalement démunie, désorganisée et sans commandement réel. L’ancien ambassadeur Renaud Vignal reçoit des instructions de sa hiérarchie. Elles sont fermes. Il faut
apporter un soutien logistique aux FANCI. Renaud Vignal s’exécute : du carburant, des munitions et les véhicules de transport de troupes sont mis à la disposition du Général Doué qui le confirme
dans une interview qu’il a accordée à la presse. « J’ai dû faire appel à des amis pour m’envoyer des munitions. Ils m’ont fait livrer les munitions dans des cargos français. Imaginez qu’on n’ait
pas eu ce soutien des Français. Que se serait-il passé ? Et c’est comme cela que j’ai eu mes premières munitions. Ce sont les soldats français qui m’ont donné les premiers véhicules que j’ai
déployés sur le terrain. » (Le Patriote du 29 oct 2008). A ce propos on se rappelle que le ministre délégué à la Défense avait publiquement annoncé avoir écrit au gouvernement français afin que
soient activés les accords de défense. Paris avait alors répondu en se contentant du “soutien logistique”, car il n’y avait pas, en réalité, d’agression extérieure.
Octobre 2002 :
Le Pouvoir FPI protégé
La rébellion s’est installée dans le pays et prend des galons. Laurent Gbagbo est acculé. La France, intervenue dans un premier temps pour protéger ses ressortissants, comprend très vite que son
rôle doit évoluer entre les Forces armées gouvernementales et la rébellion. Cette action, certes à évité au pays de sombrer dans le chaos, mais, surtout elle a sorti le régime en place dont
certains barons avaient demandé l’asile auprès de l’ambassade de France à Abidjan, d’un guêpier. La France s’interpose donc pour officiellement protéger un cessez-le-feu signé sous les auspices
de la CEDEAO. La rébellion était alors aux portes de villes importantes comme Yamoussoukro, San-Pedro et Daloa. L’action des hommes du général Emmanuel Beth, premier commandant de la Licorne, a
stoppé la progression fulgurante des hommes de Guillaume Soro à Tiébissou, à Duékoué et à Grabo.
Une bonne partie de flux économique a été sauvée par la protection du port de San-Pedro et du tronçon Duékoué-Abidjan qui évacue une part importante des matières agricoles du pays. En déployant
des troupes de près de 4000 hommes pour l’opération Licorne, le gouvernement français fait dépenser au contribuable près de 20 milliards de francs CFA par mois. C’est un effort énorme consenti
pour la paix en Côte d’Ivoire.
Janvier 2003 :
Marcoussis pour
relever l’Etat
Laurent Gbagbo déclare : « Je n'ai pas gagné la guerre, et c'est pour cela que je dois discuter, faire des compromis. Je m'en vais dire aux Ivoiriens : je n'ai pas gagné la guerre, il faut en
tirer les conséquences». Cette déclaration faisait suite à une table ronde qui a regroupé l’ensemble des protagonistes de la crise, y compris les partis politiques. Les fruits de cette
Table-ronde appelés « Accord de Linas Marcoussis », constituent le sous-bassement de tous les accords subséquents qui ont été signés. Le fait notable est que Laurent Gbagbo avait en personne
proposé au Président Omar Bongo et à Dominique de Villepin, ex-patron du Quai d’Orsay, sa démission. Car, disait-il, «on ne sort pas d'une guerre comme on sortirait d'un dîner de gala ». Ces
derniers lui ont conseillé de ne pas le faire.
Les accords de Marcoussis ont surtout permis à Laurent Gbagbo de rester en place et de reconstituer l’Etat et lui-même de se refaire moralement. La France a constamment évité de se laisser
enfermer dans un tête-à-tête durable avec les Ivoiriens en favorisant le rôle de la communauté internationale et des Africains.
Mars 2009 : Soutien
décisif pour le PPTE
La Côte d’Ivoire est admise au point de décision de l’initiative PPTE (Pays pauvre très endettés). Elle bénéficie déjà de mille cinq cents milliards de FCFA d’apurement d’arriérés et d’un
rééchelonnement de ses paiements auprès des créanciers multilatéraux. Si le pays atteint le « point d’achèvement », d’ici à deux ans, il devrait bénéficier d’une remise multilatérale
supplémentaire de plus de mille milliards de FCFA. Les États-Unis et le Japon s’opposaient, dans un premier temps, à un début d’annulation de dette avant la tenue des élections. Seul donc, le
régime Gbagbo qui entretient des relations très exécrables avec la communauté financière internationale, n’aurait jamais pu franchir ce premier pas. Il a fallu, d’une part, au plan national,
l’appui très discret et efficace de l’ancien Directeur général adjoint du FMI, Alassane Ouattara et au plan extérieur, l’appui du gouvernement français. « Je remercie la France dont l’appui a été
décisif, dans les négociations avec la Banque mondiale d’abord et avec la BAD ensuite », disait Gbagbo dans un discours à la nation, le 31 mars dernier. Ce point de décision atteint, il ne reste
donc que le point d’achèvement, conditionné par la tenue d’élections propres, dans quelques mois. Paris a d’abord aidé le Trésor ivoirien, le 6 mars 2009, à régler ses arriérés auprès de la
Banque africaine de développement, mettant fin aux sanctions financières qui frappaient le pays. Mais surtout, révèle Jeune Afrique, « l’Élysée a pesé de tout son poids auprès du FMI, pour que
l’institution approuve, le 27 mars dernier, un programme économique et financier triennal de 566 millions de dollars et accorde le « point de décision » de l’Initiative PPTE, prémices à un
important allègement de la dette, estimée à 12,8 milliards de dollars ». Et par les voix de ses Secrétaires d’Etat chargés du Commerce extérieur Anne-Marie Idrac et de la Coopération, Alain
Joyandet, la France a promis d’user de son influence, pour que le point d’achèvement soit atteint et que la Côte d’Ivoire bénéficie de l’allègement de sa dette.
C’est donc un soutien constant, aussi bien à un leader politique, à un régime qu’au pays entier, que la France apporte. Les individus important peu.
Un Etat, c’est Laurent Gbagbo qui aime à le dire, n’a pas d’amis. Il n’a que des intérêts. Pourquoi le chef du FPI voudrait-il alors que cette maxime soit à géométrie variable et qu’elle évolue
selon les situations ? Malgré ces sollicitudes, la France continue d’être présentée par le chef de l’Etat et son camp, comme une ennemie de la Côte d’Ivoire.
Il ne s’agit là, que d’une manipulation pour l’exacerbation d’un patriotisme anachronique et au nom d’une lutte néocoloniale qui ne mérite pas la peine d’être menée, car n’existant que dans
l’esprit de ceux qui la développent.
A LA SOCIETE CIVILE IVOIRIENNE!
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