La dictature est un crime

Jeudi 23 février 2012 4 23 /02 /Fév /2012 12:24

HUMAN.jpg" Human Rights Watch" : La Commission doit mener des investigations exhaustives et consulter la société civile

(Nairobi, le 23 février 2012) – La Commission nationale chargée d'enquêter sur les violences post-électorales de 2010-2011 en Côte d’Ivoire devrait proroger son mandat de six mois, jusqu’à août 2012, a estimé aujourd'hui Human Rights Watch. Cette prorogation permettrait de mieux assurer la réalisation d'une enquête impartiale et exhaustive sur les crimes commis par toutes les parties, a affirmé Human Rights Watch.

Bien que créée en juillet 2011, la commission n'a commencé ses investigations qu'à la mi-janvier 2012 et est déjà en train de conclure son rapport. Il semble peu probable qu'après un seul mois d'enquête, elle ait été en mesure de documenter de manière adéquate les graves crimes commis pendant le conflit, ni d'identifier leurs auteurs dans les deux camps, a souligné Human Rights Watch.

Cote d'ivoireLors de rencontres avec Human Rights Watch, des représentants de la société civile ivoirienne, des responsables des Nations Unies et des diplomates ont signalé l'existence de problèmes sérieux concernant la commission. Ils ont notamment cité le fait qu'elle ne comprend aucun représentant des groupes pro-Gbagbo et qu'elle n'a pas suffisamment consulté la société civile, et ont ajouté que la commission semble avoir effectué à ce jour son travail de manière expéditive.

« Le président Ouattara a évoqué à plusieurs reprises la Commission nationale d’enquête comme étant la pierre angulaire des efforts du gouvernement ivoirien pour parvenir à rendre une justice impartiale concernant les crimes horribles qui ont été commis », a déclaré Corinne Dufka, chercheuse senior sur l'Afrique de l’Ouest à Human Rights Watch. « Pour remplir son mandat, la commission doit aller à la rencontre de tous ceux qui ont souffert et été témoins de violations des droits humains, quel qu'en soit le camp responsable. Le gouvernement doit assurer que la commission dispose de suffisamment de temps et d'indépendance pour faire son travail de manière efficace. »

Bien que le décret original créant la commission permette une prorogation de six mois de son mandat, le président Ouattara a récemment déclaré que le rapport de la commission serait achevé fin février ou début mars.

Le président Ouattara a établi la commission par décret le 20 juillet, afin qu’elle mène des enquêtes non judiciaires sur les violations du droit humanitaire international et des droits humains commises entre le 31 octobre 2010 et le 15 mai 2011 en Côte d'Ivoire. Le 10 août, Alassane Ouattara a nommé la magistrate Matto Loma Cissé à la tête de la commission. Celle-ci a été créée après qu'une commission internationale d'enquête établie par l'ONU et des groupes internationaux de défense des droits humains eurent constaté que les deux camps avaient commis des crimes de guerre et selon toute probabilité des crimes contre l'humanité, alors que l'ancien président Laurent Gbagbo tentait de se maintenir au pouvoir après avoir perdu l'élection présidentielle face à Alassane Ouattara.

À ce jour, les procureurs militaire et civil ont inculpé au moins 120 personnes du camp Gbagbo pour des crimes post-électoraux, mais aucun membre des FRCI.

Quand il a été interrogé sur la justice à sens unique qui a jusqu'à présent marqué la Côte d’Ivoire, le président Ouattara a cité la commission nationale d'enquête comme preuve de son engagement en faveur de l'impartialité et a promis de faire en sorte que les personnes qui seront désignées dans le rapport de la commission comme responsables sur le plan criminel soient traduites en justice. La magistrate Cissé a déclaré qu'en termes de justice, « c’est la Commission qui coiffe tout. Elle prend en compte les faits qui sont examinés par la CPI, ceux qui sont ou vont être examinés par la justice…. En fait, c’est pour ouvrir des recours en justice pour les personnes qui se sentent lésées. »

Du fait de la primauté qui lui est accordée, il est essentiel que la commission fasse son travail de manière complète et impartiale, a noté Human Rights Watch.

La commission se compose de 17 membres, dont la plupart ont été nommés par les ministères et par des groupes parlementaires – se trouvant tous sous le contrôle de la coalition politique soutenant M. Ouattara. De hauts fonctionnaires de l'ONU en Côte d’Ivoire et des représentants de la société civile ivoirienne ont unanimement déclaré à Human Rights Watch que la commission était considérée comme un organe politisé et non indépendant.

Des responsables du gouvernement ivoirien et des représentants de la société civile ont fait remarquer que plusieurs sièges au sein de la commission avaient été offerts au Front Populaire Ivoirien (FPI) mais que celui-ci les avait refusés. Cette décision s'inscrit dans le cadre du boycottage général du gouvernement par le FPI, y compris des élections législatives de décembre dernier. Le parti a conditionné sa participation à la commission à la libération de Laurent Gbagbo et d'autres hauts responsables du FPI actuellement détenus. M. Gbagbo a été déféré devant la Cour pénale internationale à La Haye le 29 novembre, sous l'accusation de crimes contre l'humanité. D'autres personnes actuellement en détention ont été impliquées de manière crédible dans de graves crimes par Human Rights Watch, par l'ONU et par d'autres organisations.

Il résulte de tout ceci, selon des responsables de l'ONU et des activistes ivoiriens, que la grande majorité des victimes de violations de leurs droits de la part des Forces républicaines ne se sentent pas en sécurité en témoignant devant la commission. Ceci soulève de sérieuses préoccupations sur le risque d'un rapport biaisé, et exige de plus grands efforts de la part de la commission pour solliciter les témoignages de victimes de violations commises par les forces pro-Ouattara et pour protéger les victimes et les témoins d'éventuelles représailles, a affirmé Human Rights Watch.

« L'apparente décision du FPI d’accorder davantage d'importance à la politique partisane qu'à la nécessité d’aider à faire entendre la voix des victimes d'exactions de la part des Forces républicaines est regrettable et erronée », a déclaré Corinne Dufka. « Mais pour sa part, la commission devrait redoubler d'efforts pour aller à la rencontre de la société civile et des associations de victimes des deux bords, plutôt que de se donner l'image d'un organe partial et politisé. »

Lors des rencontres de Human Rights Watch avec des organisations de défense des droits humains ivoiriennes et des associations de victimes, certains représentants de ces groupes ont déploré le manque d'initiative de la commission en vue de collaborer avec eux pour contacter avec des victimes et des témoins. Le dirigeant d'une importante organisation ivoirienne de défense des droits humains a indiqué à Human Rights Watch que la commission n'avait « jamais expliqué ce qu'elle souhaitait obtenir de nous. Nous étions prêts à apporter tout ce que nous pouvions pour aider mais d'abord nous devons connaître leur méthodologie, savoir ce qu'ils veulent. Ils n'ont jamais été clairs. Nous avions l'impression qu'ils ne voulaient pas vraiment [de notre aide]. »

Le dirigeant d'une autre organisation ivoirienne des droits humains a déclaré que bien que le groupe avait eu des réunions « à titre consultatif » avec la commission avant le début de son travail sur le terrain, celle-ci « n'a pas réellement associé la société civile… rien de concret. On n'a eu aucun rôle en réalité ».

Des responsables de l'ONU et des activistes ivoiriens ont également critiqué le caractère manière expéditif des enquêtes, voire même leur absence totale, dans certaines zones particulièrement touchées par les violations des droits humains, et où il reste d'importantes concentrations de victimes. Un responsable de l'ONU a qualifié les enquêtes de la commission de "cinéma,” précisant que les membres de la commission arrivent et font un rapide décompte des violations commises dans certaines localités ou villages, sans organiser d'entretiens en profondeur. Le travail de la commission n'a pas inclus de visite au Libéria, où quelque 70.000 réfugiés ivoiriens se trouvent toujours – et dont beaucoup ont été soit victimes, soit témoins de graves crimes.

Après avoir pris du retard dans le démarrage de son travail, la commission semble avoir accéléré ses enquêtes afin de respecter un calendrier irréaliste, ce qui suscite des inquiétudes quant au sérieux de son travail. Le 2 janvier, la présidente de la commission, Matto Loma Cissé, a accordé une interview au quotidien gouvernemental ivoirien Fraternité Matin. Elle a déclaré qu'il y avait eu "quatre mois de perdus” après la création de la commission, durant lesquels celle-ci n'avait ni personnel ni bureau central. Mme Cissé a également relevé qu'elle n'avait pu rencontrer avant la fin décembre le président de l'Union des Villes et Communes de Côte d'Ivoire (UVICOCI), qui, a-t-elle dit, avait « promis d’organiser, la première semaine du mois de janvier, une rencontre avec les maires de Côte d’Ivoire pour nous permettre d’aller sur le terrain ».

Après avoir décrit les difficultés rencontrées pour faire démarrer le travail de la commission, qui a débuté le 18 janvier, Mme Cissé a répondu à la question de savoir si même une prolongation de six mois des travaux de la commission ne risquait pas d'être insuffisante. Elle a déclaré: « Pour des personnes qui ne se sont pas encore déployées sur le terrain, jugez-en vous-mêmes. Cependant, je ne dirai pas que cela ne suffit pas. Mais que ceux qui savent lire en tirent les conclusions. » Une prolongation de six mois aurait donné jusqu'à la mi-juillet à la commission pour finir son travail.

Mais maintenant, à en juger par les déclarations publiques du président Ouattara et à celles de responsables gouvernementaux lors d'entretiens avec Human Rights Watch, il semble que la commission a prévu de présenter son rapport à la fin février – un mois seulement après avoir pu véritablement commencer ses recherches sur le terrain. La remise du rapport a semblé prendre davantage d'urgence après que le président Ouattara eut promis en France fin janvier que la commission achèverait ses travaux fin février ou début mars.

Human Rights Watch a appelé le gouvernement ivoirien a faire en sorte que la commission soit en mesure de réaliser un examen complet et en profondeur des crimes post-électoraux. Cela devrait inclure de passer assez de temps à travers tout le pays et au Libéria voisin afin d'établir un climat de confiance et de s'entretenir avec des victimes des deux côtés.

« La commission a été investie de la lourde tâche d'enquêter sur les graves crimes qui ont marqué la période post-électorale en Côte d’Ivoire »,” a conclu Corinne Dufka. “Un rapport incomplet ou biaisé compromettrait les efforts pour rendre justice aux victimes et combler le fossé intercommunautaire qui a été à l'origine d'une décennie de graves violations des droits humains. »


Contexte
À partir de décembre 2010, après que Gbagbo eut refusé de reconnaître les résultats de l’élection, des unités des forces de sécurité d’élite étroitement associées à Gbagbo ont enlevé des responsables politiques locaux membres de la coalition de Ouattara, les traînant hors de restaurants ou hors de chez eux et les forçant à entrer dans des véhicules en faction. Leurs proches ont ensuite retrouvé les corps des victimes à la morgue, criblés de balles.

Des milices pro-Gbagbo gardant des postes de contrôle informels à Abidjan ont assassiné des dizaines de partisans réels ou présumés de Ouattara, les battant à mort à l’aide de briques, les exécutant à bout portant avec des fusils, ou les brûlant vifs. Des femmes actives dans la mobilisation des électeurs – ou qui portaient simplement des tee-shirts pro-Ouattara – ont été prises pour cible et ont souvent été victimes de viols collectifs commis par des membres des forces armées ou des milices contrôlées par Gbagbo.

Alors que la pression internationale s’intensifiait pour que Gbagbo quitte le pouvoir, la violence s’est faite plus effroyable encore, a expliqué Human Rights Watch. La Radiodiffusion Télévision Ivoirienne (RTI), contrôlée par le gouvernement Gbagbo, a incité à recourir à la violence contre les groupes pro-Ouattara et a exhorté les partisans de Gbagbo à ériger des barrages routiers et à « dénoncer toute personne étrangère ». Ces faits ont été, à bien des égards, l’aboutissement de dix années de manipulation par Gbagbo de l’ethnicité et de la citoyenneté, période au cours de laquelle les Ivoiriens du nord ont été traités comme des citoyens de seconde zone et les immigrés ouest-africains comme des indésirables.

Entre février et avril, des centaines de personnes des deux groupes ont été tuées à Abidjan et dans l’extrême ouest du pays, parfois sur la seule base de leur nom ou de leur tenue vestimentaire. Les mosquées et les dirigeants religieux musulmans ont également été pris pour cible.

Les exactions perpétrées par les forces pro-Ouattara n’ont pris une telle ampleur que lorsqu’elles ont entamé leur offensive militaire pour s’emparer du pouvoir dans l’ensemble du pays en mars 2011. Dans l’extrême ouest, surtout dans les villages entre Toulepleu et Guiglo, les membres des Forces républicaines alliées à Ouattara ont tué des civils appartenant aux groupes ethniques pro-Gbagbo, y compris des vieillards incapables de fuir ; ils ont violé des femmes ; et réduit des villages en cendres. À Duékoué, certains membres des Forces républicaines et des milices alliées ont massacré plusieurs centaines de personnes, traînant hors de chez eux, avant de les exécuter, des hommes non armés soupçonnés d’appartenir à des milices pro-Gbagbo.

Par la suite, lors de la campagne militaire visant à s’emparer d’Abidjan et à consolider leur contrôle sur la ville, les Forces républicaines ont à nouveau exécuté des dizaines d’hommes appartenant à des groupes ethniques alignés sur Gbagbo – parfois dans des centres de détention – et elles en ont torturé d’autres.

Au terme du conflit, les forces armées des deux camps avaient commis des crimes de guerre et selon toute probabilité des crimes contre l’humanité, a signalé Human Rights Watch. Une commission d’enquête internationale a présenté un rapport au Conseil des droits de l’homme à la mi-juin, établissant également que des crimes de guerre et de probables crimes contre l’humanité avaient été perpétrés à la fois par les forces pro-Gbagbo et pro-Ouattara. Le Haut-commissariat aux droits de l’homme, les Opérations des Nations Unies en Côte d’Ivoire, la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme et Amnesty International ont tous publié des conclusions similaires.

Immédiatement après la publication par la commission d’enquête internationale 2011 de son rapport, le gouvernement Ouattara a annoncé la création d’une commission nationale d’enquête. Dans la mesure où le gouvernement Ouattara avait expressément demandé la mise en place d’une commission internationale, laquelle avait couvert les mêmes événements et émis des conclusions et des recommandations dénonçant les crimes graves commis par les forces d’Alassane Ouattara appelant l’ouverture d’une enquête, le moment choisi pouvait traduire la volonté du gouvernement de blanchir les responsables. Un journaliste de l’Associated Press a indiqué que « les termes utilisés dans le décret donnaient à penser que la commission réfuterait les accusations [portées par les organisations internationales de défense des droits humains] et chercherait à exonérer les forces d’Alassane Ouattara ».

Un article Human Rights Watch 

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Lundi 10 octobre 2011 1 10 /10 /Oct /2011 11:17

Plusieurs blessés et au moins 5 véhicules cassés. Le meeting organisé par le député du Front populaire ivoirien (Fpi), Yao Yao Jules, le samedi 8 octobre 2011, à Koumassi-campement, s’est terminé dans la violence. Des individus, visiblement hostiles aux discours qui s’y tenaient, ont précipité la fin de la rencontre. Par la manière forte. Retour sur un événement où le pire pouvait arriver.
Meeting-FPI.jpgC’est à 15 h passées que les discours débutent. On enregistre plus de monde que pendant le premier meeting après la chute de Laurent Gbagbo, organisé par le même député Yao Yao Jules, dimanche 4 septembre 2011, à Koumassi-Sogefiha. Au nombre des personnalités, on note la présence de Laurent Akoun, Secrétaire général par intérim du Fpi, des députés Kouakou Kra (Nassian), N’Guessan Brou Blaise (Adzopé), Bamba Massani (Port-Bouet), Wayou Claude (San Pedro), Jules Yao Yao (Koumassi) et Diomandé Mami (Adjamé). Augustin Guéhoun, Tapé Kipré, représentant du Fpi à la Cei, Koua Justin, Secrétaire national par intérim de la Jfpi, l’ex-Conseiller économique et social, Kambou Difilé… n’ont pas voulu se faire conter la manifestation.
Quand il est invité à faire son discours, le Secrétaire général de la fédération Fpi d’Abidjan-Sud, Ellot Wognin demande aux militants de relayer le message du Fpi auprès de ceux qui n’ont pas pu faire le déplacement. A sa suite, Koua Justin prend le crachoir. L’intérimaire de Konaté Navigué revient sur le débat du vainqueur des dernières élections présidentielles en Côte d’Ivoire. Il estime que Laurent Gbagbo a été victime de coup d’Etat, ajoutant que c’est la France qui a installé Alassane Ouattara au pouvoir. Ce discours est ovationné par les pro-Gbagbo. Quand d’autres personnes, habillées dans des tee-shirts à l’effigie d’Alassane Ouattara, le désapprouvent. On les entend grogner. Koua Justin poursuit, tout de même, dans ses envolées verbales. « Depuis le 11 avril, la République s’est effondrée, en témoigne la dissolution des institutions comme l’Assemblée nationale », crache-t-il, mettant en garde le pouvoir en place. « Nous n’obéirons pas au caprice de ce régime », martèle-t-il. Des projectiles surgissent du public. Mais, M. Koua continue de livrer son message. Et invite la population à venir massivement le 15 octobre prochain, à la place Cp1 de Yopougon, pour réclamer la libération de Laurent Gbagbo. Il finit et c’est le député d’Adjamé, Diomandé Mami qui prend le micro. Il est 16 h passées. L’intervenant revient sur les pourparlers, récemment, entre les députés Fpi et Koulibaly Mamadou pour l’ouverture de la session de l’Assemblée nationale. Il ne termine pas son allocution, quand sa voix devient inaudible. Les organisateurs se rendent compte que des baffes sont débranchées. Pire, l’électricité est interrompue. On entend des injures à l’encontre de Laurent Gbagbo. Entre-temps, Marie Odette Lorougnon, la présidente de l’Organisation des femmes du Fpi (Offpi) est arrivée. Certains « frontistes », allés pour établir l’électricité, sont accueillis par des coups de poing. Des protestateurs, dans des tee-shirts Frci (Force républicaine de Côte d’Ivoire) et à l’effigie d’Alassane Ouattara, s’en prennent à tout : organisateurs du meeting, bâches et chaises. C’est la débandade. Certains prennent la poudre d’escampette. D’autres montent à bord de leur véhicule. Mais, ils n’échappent pas à la colère de manifestants hostiles. Qui brisent les vitres des voitures. Bilan : au moins 5 véhicules saccagés (dont celui des députés Wayou Claude et Yao Yao Jules) et plusieurs blessés au nombre desquels, Ester Lohoré, photographe au quotidien « Notre Voie ».
SYLLA A.

Soir Info

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Jeudi 25 août 2011 4 25 /08 /Août /2011 14:54

mairie-de-soubre.pngLa mairie de Soubré passée aux mains des Forces républicaines depuis le 30 mars, a pris possession de ses locaux. La bonne nouvelle a été annoncée le lundi lors d’une réunion organisée à la maison des jeunes de Soubré en présence du trésorier général Kouadio Miézan, du responsable financier des Frci, Sangaré Adama et de Karamoko Traoré, premier adjoint assurant l’intérim du maire. Pour Karamoko Traoré, cette décision confirme le retour à la normalité. Même son de cloche chez le trésorier général qui a salué cette annonce synonyme pour lui de la fin de la guerre. «L’heure est à la réconciliation car la guerre est terminée. Et si la guerre est terminée, il faut retrouver la normalité», a-t-il indiqué. Et d’ajouter : « Nous devons nous parler et nous mettre d’accord sur ce qu’il y a à faire, nous entendre pour que rapidement tous, nous nous mettons au travail. Sortons des arènes politiques car nous sommes des acteurs du développement. Quand vous êtes sur le marché, c’est pour gagner votre pain». Répondant aux plaintes des opérateurs économiques, le trésorier a promis se débarrasser des agents véreux. « Nous n’accepterons plus les comportements indélicats des collecteurs, ceux qui refusent de se débarrasser des mauvais comportements seront remplacés», a averti Kouadio Miezan. Le responsable financier des Frci a rassuré les populations sur leur bonne volonté de se retirer de la gestion de la commune. « Les Frci se retirent de la gestion de la commune, nos éléments pour qui nous faisions la collecte sont désormais payés. Il n’y a donc plus de raison que continue la collecte par nous. C’est donc un retour à la normale», s’est-il satisfait. A la suite de discussion avec les commerçants et sur recommandation du trésorier général, le maire Karamoko Traoré a accédé à la demande des commerçants de passer l’éponge sur sept mois d’arriérés des taxes pour soulager les opérateurs économiques lessivés par la crise.

Méité Yacouba, correspondant régional

L'expression

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Mercredi 8 juin 2011 3 08 /06 /Juin /2011 09:41

captureecran kadhafiLe "Guide", qui a fêté ses 69 ans hier en réaffirmant qu'il ne quitterait pas le pouvoir, a reçu une pluie de bombes de la part de l'Otan en guise de cadeau d'anniversaire. Pendant ce temps, le rapprochement des Russes et des Chinois avec les rebelles du CNT se poursuivait. Comme les défections à Tripoli...

A ceux qui en doutaient - dans son entourage ou dans la coalition -, Mouammar Kaddafi a réaffirmé son achranement à rester au pouvoir. « Malgré les bombardements, nous ne nous soumettrons jamais », a-t-il déclaré mardi dans un message audio diffusé par la télévision libyenne. La réponse de l'Otan - qui était aussi une manière de fêter les 69 ans du Guide (né le 7 juin 1942) - ne s'est pas fait attendre : Tripoli a connu ses plus violents bombardements depuis la début de la campagne de frappes aériennes, le 19 mars dernier.

Selon le porte-parole du régime, Moussa Ibrahim, « l'Otan a mené une attaque haineuse sur Tripoli qu'il a frappé avec plus de 60 bombes », faisant « 31 morts » et « des dizaines de blessés ». « Je suis à proximité des bombardements mais je résiste toujours », avait assuré Kaddafi dans son message, tout en appelant « le peuple à résister ».

Aïcha Kaddafi porte plainte contre l'Otan

Mais les moyens d'action du « Guide » paraissent plus limités que jamais. Sa fille, Aïcha (qui serait réfugiée en Algérie), a tenté une contre-attaque judiciaire en portant plainte mardi contre l'Otan, à Bruxelles et à Paris, pour « crimes de guerre ». En cause : le raid qui, le 30 avril, avait tué le plus jeune fils et trois petits-enfants du dirigeant libyen à Tripoli. Mais cette manœuvre juridique ne cache pas l'essentiel : le régime a perdu la main sur le terrain des opérations militaires.

« Nous continuons à faire pression sur le régime en limitant la capacité de Kaddafi à donner des ordres à travers ses centres de commandement », a expliqué un porte-parole de l'Otan, Mike Bracken. La résidence du colonel dans le centre de Tripoli, ainsi que la banlieue de Tajoura (est) et la route de l'aéroport au sud de la capitale, sont particulièrement visés par les bombardements. Quant au vaste complexe résidentiel du dirigeant libyen, ce n'est plus désormais qu'un tas de ruines et de gravats fumants.

La pression diplomatique est également très forte. « Kaddafi doit quitter le pouvoir et le rendre aux Libyens, et la pression ne fera que s'intensifier jusqu'à ce qu'il le fasse », a déclaré Barack Obama, qui a assuré voir une « tendance inexorable » se dessiner pour le départ du colonel Kaddafi.

Kaddafi "ne peut plus diriger la Libye"

« Quoi qu'il arrive, il y aura une solution négociée, même avec le temps. Dans tous les cas, Kadhafi ne peut plus diriger la Libye. Son départ devient une nécessité », a estimé de son côté  le président mauritanien Mohamed Ould Abdelaziz, qui préside un comité de chefs d'État de l'Union africaine (UA) chargé de trouver une solution négociée au conflit libyen.

Du côté de la Russie et de la Chine, si l'on maintient officiellement une volonté de jouer les médiateurs aux côtés de l'UA, les choses bougent en faveur des rebelles du Conseil national de transition (CNT). Après que Pékin a décidé, quelques jours plus tôt, de s'impliquer dans la résolution du conflit en prenant bouche avec les insurgés, un émissaire russe s'est rendu pour la première fois à Benghazi, mardi, pour « faciliter le dialogue entre les deux camps ». Et surtout pour officialiser la nouvelle position de Moscou, longtemps proche de Tripoli. « Nous croyons que Kaddafi a perdu sa légitimité dès la première balle qui a tué un innocent », a déclaré l'envoyé spécial du Kremlin, Mikhaïl Marguelov.

Sentant ses derniers soutiens le lâcher, Tripoli a envoyé mardi le chef de la diplomatie libyenne, Abdelati al-Obeïdi, en Chine pour évoquer une solution politique et tenter d'empêcher un rapprochement entre pékin et les rebeles. Mais les diplomates chinois étaient déjà en train d'arriver à Benghazi pour y rencontrer des membres du CNT... Lire la suite)))

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Samedi 7 mai 2011 6 07 /05 /Mai /2011 20:09

simone.jpgPourquoi les Ivoiriens viennent-ils de baptiser Paul Yao-N`dré, M. gâchis ? Comme il a une conscience d`être pensant, nous l`espérons, il doit assurément voir en rêve toutes ces personnes mortes par sa seule volonté pour avoir violé le droit qu`il enseigne pourtant à nos étudiants. Mais pour l`heure, on peut l`affirmer, sans risque d`être démenti, que la Côte d`Ivoire se relève des meurtrissures refondatrices.
Après la capture de Laurent Gbagbo, le lundi 11 avril 2011, le chef de l`Etat Alassane Ouattara, 25 jours seulement au jour d`aujourd`hui, après le début effectif de son mandat présidentiel, les quatre premiers mois ayant été gâchés par son devancier, est en train d`asseoir son autorité sur toute l`étendue du territoire national. Au plan sécuritaire, on note ça et là, quelques dérapages d`éléments incontrôlés des Forces républicaines (Frci) qui, il faut avoir le courage de le dénoncer, s`adonnent à des actes répréhensibles tels que des pillages, à Yopougon-Koweit par exemple, ou des menaces sur des ex-Fds. Le Président de la République doit instruire le ministre de la Défense, et la hiérarchie militaire à agir avec diligence pour que de tels actes, qui s`avèrent en fin de compte des actes de sabotage, cessent. On se connaît dans ce pays. Il ne faudrait pas que des comportements délictueux de délinquants puissent ternir l`image de M. Alassane Ouattara. Autre fausse note qu`il convient de souligner, l`hésitation de certains éléments de la police, de la gendarmerie, et de l`armée à reprendre du service. La reprise en main du volet sécuritaire civil des personnes et des biens par les policiers et les gendarmes n`est pas tout à fait effective. L`encasernement des militaires est remis à plus tard à cause des pontes du pouvoir déchu qui cachent encore des armes, et des miliciens qui, il faut le reconnaître, continuent de tuer. La vigilance observée par les autorités est une bonne chose quand on sait que les refondateurs sont capables d`un faux coup, surtout qu`ils n`expriment aucun remords pour le mal qu`ils ont fait par la seule faute de M. gâchis Yao-N`dré. Mais, malgré ces écueils, inévitables pour un pays qui sort d`une crise aussi profonde de 10 ans, la situation se normalise en Côte d`Ivoire. Surtout après le spectacle piteux et pitoyable auquel les Ivoiriens ont assisté, le jeudi 5 mai 2011, de la part du président du Conseil constitutionnel. Monsieur gâchis Yao-N`dré a beau maquiller son discours de reconnaissance de la victoire de M. Alassane Ouattara d`artifices juridiques, il n`en demeure pas moins qu`il s`est lamentablement dédit. Son désopilant comportement deviendra désormais une jurisprudence en Côte d`Ivoire. La grande Chancellerie est toute confuse.
Pauvre médaille de Grande croix de Côte d`Ivoire, yako ! Toutefois, le déculottage de Yao-N`dré qui a affirmé, le jeudi 5 mai, jour des 77 ans du président Henri Konan Bédié, " Le conseil constitutionnel proclame M. Alassane Ouattara président de la République de Côte d`Ivoire ", est un indicateur important :
1/ Laurent Gbagbo sait que, désormais, il est devenu un citoyen lambda comme tout Ivoirien. Son audition prendra une toute autre forme. Il peut, par exemple, être jugé comme un vulgaire criminel de grand chemin avec tous les morts qu`il a essaimés pendant 10 ans.
2/ Simone Ehivet Gbagbo et tous les 200 caciques du Fpi savent qu`ils auront à répondre de leurs actes.
3/ Blé Goudé sait ce qui l`attend.
4/ Tous les rêveurs debout de Lmp, trompés par les Koné Malachie qui prédisaient que Laurent Gbagbo, 3 jours, ensuite 7 jours, puis 33 jours, reviendrait au pouvoir après sa capture, doivent comprendre qu`il est temps de sortir de leur naïveté qui aura duré 10 ans, quant à l`incapacité de leur mentor à diriger un grand pays comme la Côte d`Ivoire qui a déjà eu à sa tête des sommités, tels le Bélier de Yamoussoukro, et le Sphinx de Daoukro.
M. gâchis Paul Yao-N`dré vient d`opérer la vraie allégeance à M. Alassane Ouattara par la prestation de serment d’hier. Ainsi se termine le rêve debout des refondateurs de Gbagbo. Une page est tournée, une nouvelle s`ouvre pour la Côte d`Ivoire.
Par Denis Kah Zion

Source: Le Nouveau Réveil

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Mardi 19 avril 2011 2 19 /04 /Avr /2011 11:35

Une décennie d'affrontements et de guerre en Côte d'Ivoire. L'incendie vient d'être éteint, ou presque: le feu couve sous la cendre de ce traumatisme national. Par Tiburce Koffi.

 

tiburce-koffi.gifNous ne finirons pas de redire les événements qui viennent de se dérouler en Côte d’Ivoire; événements dont l’arrestation de Laurent Gbagbo, l’ex-chef d’Etat, constitue, assurément, le point nodal ainsi qu’une étape décisive dans la résolution des antagonismes qui ont conduit ce pays à la guerre. Il est certain que le poids de la passion qui nous a tous saisis tout au long de cette crise qui a duré une décennie (2000-2010) ne peut, pour l’heure, favoriser une réflexion critique, lucide et sereine sur cette tragédie que les Ivoiriens viennent de vivre; une histoire loin d’avoir connu son achèvement ―il y a encore tant de brasiers à éteindre. Angoisse et optimisme, joie et tristesse, peur et couardise, droiture et friponnerie, fidélité et trahison, tant de sentiments et d’attitudes contradictoires, antithétiques, qui nous auront animés, guidés, instruits dans le traitement de cette crise…

Non, nous ne saurions, pour le moment, parler de souvenirs: ces rues abîmées et encombrées de cadavres en putréfaction, ces maisons détruites, ces quartiers désertés, cette ville d’Abidjan presque en état d’hibernation, tous ces signes encore trop vivants de la tragédie qui vient de fouetter la Côte d’Ivoire ne peuvent, pour l’heure, être rangés dans le casier des souvenirs et reliques. Ils sont encore là, ces signes; indices chauds et vivants des colères, rages et passions entêtées qui ont déclenché et alimenté la grande bourrasque. Folie des temps? Folie des hommes? Une seule certitude: les peuples ont toujours écrit leur histoire telle qu’ils l’ont voulue, sous les regards des dieux austères et indifférents aux petitesses des humains. C’est que l’Histoire n’est pas leur affaire, c’est celle des hommes. Seule leur est réservée la providence; et les dieux ont toujours été très parcimonieux dans la distribution de la providence.

Démons à exorciser, absolument

Il appartient au chroniqueur de dire le présent; à l’historien et à l’essayiste de restituer le passé et le présent; au poète et autres prosateurs inspirés seront réservées les pages blanches pour écrire la légende et l’épopée de ces temps tourmentés où le pays a vacillé dans la démence qui détruit et laisse des séquelles ―ces démons à exorciser absolument, afin d’apaiser et réconcilier toutes les consciences déchirées...

«Tiburce, nous avons voulu cette guerre, nous l’avons souhaitée, désirée même. A présent, la guerre est là. Elle est i-né-vitable! Et il va nous falloir la faire.»

L’auteur de ces paroles terribles s’appelle Alpha Blondy. Il nous les a tenues dans une interview que nous avons publiée dans un journal de la place, en février dernier. Paroles de prophète de l’apocalypse? Propos désespérés d’un homme désabusé et déçu par les absurdités de ses compatriotes? Simple avertissement? Il y avait un peu de tout cela dans la voix meurtrie, lasse et agacée de l’artiste.

Tantôt ovationné par son peuple, tantôt désavoué, célébré et hué, approuvé et rejeté, Alpha Blondy, en éternelle Cassandre de son pays, continue de hanter le cerveau des Ivoiriens depuis les premiers jours (1983) où les grâces de la gloire ont donné un cachet officiel à son discours, jusqu’à aujourd’hui. C’est que l’artiste a toujours troublé plus d’un Ivoirien par sa propension à se mettre au service de tous les régimes. Tous? Non: Alpha a fermement désavoué le coup d’Etat de décembre 1999; il a dit «non» aussi au régime militaro-civil qui s’en est suivi.

Une conception populaire de l’art, sans doute erronée, veut qu’un artiste soit un trouble-fête, un irréductible contestataire, un anti-pouvoir, un contre-pouvoir. Alpha n’a jamais voulu entrer dans un tel schéma. Trente années de relations me lient à lui; je crois donc le connaître sur certains points: il déteste le désordre, l’anarchie, la violence. C’est un homme respectueux des symboles: la République, l’Enfant, la Femme, Dieu. Depuis le début des années 1990, le spectre de la sombre menace qui vient de frapper la Côte d’Ivoire défile dans la plupart de ses chansons. «Vous jouez avec le feu…, la démocratie bananière finira par la guerre civile…, Vive le général, à bas le général…», n’a-t-il eu de cesse de répéter à l’endroit des siens…

Honneur et déshonneur de la guerre

La Côte d’Ivoire a fait sa guerre! Et il ne lui reste plus qu’à se conter le souvenir de ces temps paisibles où, à l’ombre de la sagesse paternaliste (que nous trouvions ennuyeuse) du patriarche Félix Houphouët-Boigny, elle se vantait d’être un pays exceptionnel, le «pays de l’hospitalité», et un «modèle de l’espérance promise à l’humanité» ―la vaste prétention!

La Côte d’Ivoire a fait sa guerre. Dans l’honneur et le déshonneur, dans la passion et la folie, mais surtout dans la stupidité et la sauvagerie ―ces obscurs dérèglements des sens qui disqualifient l’Homme, fracturent les nations et déshonorent les peuples.

L’heure du bilan n’est pas encore arrivée. Est-il même nécessaire de se triturer les méninges pour faire un bilan? Le désastre est là, sous les yeux de tous: ce peuple est profondément abîmé...

L’un des trois grands acteurs de cette apocalypse est en train d’achever l’histoire de sa passion orageuse pour le pouvoir, dans une résidence-cachot, quelque part au nord de la Côte d’Ivoire, ce nord qu’il a tant disqualifié, agressé et humilié, durant sa régence. Il s’appelle Laurent Gbagbo. Il est entré dans l’histoire par la violence, il en est ressorti par la violence. Et c’est l’Ecclésiaste qui aura eu toujours raison: «Qui tue par l’épée, périra par l’épée.» Pour Gbagbo, comme pour nombre de dictateurs et autres princes déchus de ce monde, le temps de la solitude est arrivé. La solitude, après le vacarme du pouvoir. Oui, les rois ont toujours été abandonnés par les plus fidèles d’entre leurs hommes de main, quand la force et le pouvoir ont changé de camp. Tout vrai historien le sait ou devra le savoir…

Un autre acteur de cette grave crise s’apprête à investir le palais de la République: Alassane Ouattara. Un même fait signe l’accession des deux au pouvoir exécutif: le ruisseau de sang qu’ils auront eu à traverser pour poser les pieds sur le tapis… rouge! Quels terrifiants symboles! Une différence notable toutefois: le premier, en toute lucidité, avait choisi l’option de la violence et du sang sacrificiel à verser pour la refondation de la Côte d’Ivoire. Cette idée, que j’ai âprement combattue, se trouve au cœur des thèses propagées par les «refondateurs». Le second, Alassane Ouattara, après avoir pendant longtemps refusé cette option dangereuse et tragique, s’est vu contraint, sous la pression des faits, à s’y résoudre. Dans les deux cas, l’Histoire a imposé aux hommes sa morale, sa dialectique jamais démentie: la prise en compte du facteur violence dans la dynamique de la vie des nations, la violence pour mettre fin à l’inacceptable.

Une révolution pour utopie

Cette même dialectique enseigne que la violence qui détruit sans jamais produire rien d’autre qu’elle-même n’ouvre qu’à l’effroi et aux désespérances. Tel fut le cas avec les refondateurs de Laurent Gbagbo. Mais quand, par altération des antagonismes, elle parvient à un rééquilibrage des forces agissantes de la société, elle offre des perspectives de paix et de progrès social. Les marxistes parlent alors de «saut qualitatif»: c’est l’horizon qui est offert à la «Révolution ouattarienne». La dénomination choque sans doute; mon souhait est même qu’elle puisse choquer et, en premier lieu, Alassane Ouattara, l’homme de la haute finance internationale.

Oui, j’ai dit «révolution». Car, à bien interroger l’Histoire et les faits, les utopies révolutionnaires qui ont été réalisées furent moins le fait d’hommes démunis et révoltés contre les riches, que celui de leaders à l’abri du besoin, et ayant une lecture et une clairvoyance lucide de la trajectoire de leur société. Ainsi, Senghor, Nkrumah, Bourguiba et Houphouët (pour ce qui est de l’espace africain), qui furent des hommes à l’abri des besoins matériels avant d’arriver au pouvoir, ont-ils été, dans mon entendement, des révolutionnaires. Le fait qu’ils n’aient pas procédé par jactances tempétueuses, ni par insurrections armées pour créer des Etats viables et tracer des sillons pour la construction de nations respectables, n’enlève rien à cette qualité que je leur attribue. Castro et le Che n’étaient pas non plus des démunis, moins encore Karl Marx. Les révolutionnaires se trouvent souvent moins là où on le croit.

L'innocence n'existe pas

Le troisième protagoniste de cet épisode sanglant de notre histoire est le peuple ivoirien. Et il est là ce peuple, blessé dans son âme, ses utopies, ses espérances; mais surtout dans son vivre quotidien ―cette culture tridécennale de la paix à laquelle l’avait éduqué son premier président, Félix Houphouët-Boigny. Et, sans doute, aujourd’hui plus qu’hier, il entend susurrer à ses oreilles traumatisées par les tirs d’obus et le tonnerre des mortiers, les harmoniques de la célèbre pensée du patriarche:  

«La paix ce n’est pas un vain mot, c’est un comportement.»

C’est au plus fort des tragédies qu’ils vivent que les peuples se souviennent de leur âge d’or. Non, aucun Ivoirien ne peut se prévaloir d’une innocence absolue dans la survenue de ce désastre. Passif, indifférent ou actif, chacun d’entre nous s’est laissé entraîner dans la spirale de tous ces antagonismes qui ont débouché sur le chaos que nous venons de vivre. Ici aussi, l’Histoire nous donne un superbe enseignement: l’innocence absolue n’existe pas. Après le feu de brousse, l’heure est donc venue pour chaque Ivoirien de procéder au repiquage des plantes, cultiver le jardin et l’arroser, comme le recommande le bon vieux Voltaire.

La Côte d’Ivoire a donc fait sa guerre. Elle n’est pas la première d’entre les nations à avoir vécu cette traumatisante expérience; elle ne sera certainement pas la dernière. En tout lieu et à toute époque, les hommes se sont livré bataille farouche pour la conquête du pouvoir. En cela, l’homme des cavernes ne diffère point du locataire de la Maison Blanche ou de l’Elysée. Ecoutons Albert Einstein (dans Comment je vois le monde):  

«N’importe où (…), une campagne de presse peut exciter une population incapable de jugement à un tel degré de folie que les hommes sont prêts à s’habiller en soldats pour tuer et se faire tuer.»

La guerre n’est donc le signe distinctif d’aucun peuple particulier. Elle reste, indiscutablement, un moyen désespéré pour faire triompher une cause, noble ou mauvaise, défendable ou non. Il ne reste donc qu’à ceux qui, comme nous, l’ont expérimentée de savoir en tirer les enseignements les plus utiles. Pour moi, elle ne donne qu’un seul enseignement: il faut éviter de la faire. Et surtout, de la refaire. Tel est le défi ultime qui vous attend, Monsieur Ouattara.

Tiburce Koffi, écrivain ivoirien

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Par Seth KOKO - Publié dans : La dictature est un crime
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Lundi 18 avril 2011 1 18 /04 /Avr /2011 20:10

simone danseLaurent Gbagbo est donc tombé. Il a été arrêté il y a une semaine (lundi 11 avril dernier), après un baroud d’honneur qui aura duré dix jours. Dix jours d’enfer pour les populations abidjanaises. C’est un sexagénaire hagard, au visage défraîchi que les Ivoiriens ont découvert sur les antennes de la télévision. Dans la suite n°468 de l’Hôtel du Golf où il était tenu prisonnier, l’ancien chef de l’’Etat avait l’air hébété, comme s’il ne semblait pas être revenu de sa chute brutale. L’image de l’homme fort de l’ancien régime, en maillot de corps et s’épongeant le visage avec une serviette, achève de camper une fin de règne mélodramatique. Un décor apocalyptique que vient corser le spectacle d’une Simone Gbagbo (son épouse) hirsute, prostrée, le visage tétanisé. Assurément, ces images du couple présidentiel déchu ont été diffusées aux fins de montrer à la face du monde un Laurent Gbagbo ravalé au rang de simple mortel. Tel l’Albatros sur le navire, devenu « veule et gauche », lui pourtant roi du ciel. Cette image de prince déchu vient pour nous rappeler que tout dirigeant politique est un mortel comme tout le monde et devrait donc se garder de succomber aux sirènes de laudateurs tendant à le défier. Redouté et vénéré tout à la fois tant qu’il était sur le trône, Laurent Gbagbo est apparu plus que vulnérable sans ses apparats présidentiels. Preuve s’il en est qu’aucun dirigeant n’est jamais assez fort pour être toujours le plus fort. C’est sans doute là l’un des enseignements à tirer de cette chute de Laurent Gbagbo. Adossé à une garde prétorienne et une armée qui passaient pour être de solides remparts contre toute attaque de son régime, il a appris à ses dépens que ses affidés et autres thuriféraires n’avaient d’yeux, en réalité, que pour ses largesses. Lui dont on disait le régime verrouillé par des soldats prêts à mourir pour défendre son fauteuil présidentiel, a curieusement perdu le pouvoir.

ABANDONNE PAR SES GENERAUX

Ses supposés fidèles généraux se sont ensuite retrouvés à l’Hôtel du Golf pour faire allégeance au nouvel homme fort du moment ; l’assurant de la même loyauté qu’ils ont jurée à Laurent Gbagbo. Rien que duperie et flagornerie de généraux, ces coups de gueule et propos enflammés servis à l’ex-chef de l’Etat et ses partisans durant ces quatre mois de crise post-électorale ! Alassane Ouattara est donc averti. Et par delà lui, tout dirigeant politique qui aura la naïveté de croire que l’armée est une assurance tous risques pour la survie de son régime. Peut-être Laurent Gbagbo n’aurait-il pas connu cette fin humiliante qui écorne gravement son image, s’il ne s’était enfermé dans un jusqu’au-boutisme inexplicable. Seul contre tous, son entêtement à défier le monde en s’accrochant au pouvoir, a fini par le perdre. Comme Charles Taylor, Slobodan Milosevic, Saddam Hussein, il a payé cash le bras de fer engagé avec l’intraitable et impitoyable communauté internationale. Il a péché par orgueil et a ainsi été lâché par les dieux. Voilà encore un enseignement pour bien des chefs d’Etat. Ironie du sort, le couple Gbagbo, qui se croyait investi d’une mission divine, a attendu en vain qu’une armée d’anges vienne sauver le régime en perdition. Comme l’aurait prédit l’un de ces illuminés qui écumaient le palais présidentiel, un certain pasteur Koné Malachie. Avec lui, d’autres religieux comme Zahiri Ziki, ont réussi à persuader le couple Gbagbo et leurs partisans qu’une armée providentielle surgirait du néant pour renverser la situation en leur faveur en cas de guerre. En vain. Un espoir messianique auquel se sont accrochés jusqu’aux derniers instants les millénaristes du camp Gbagbo. Finalement, il n’y eut point d’armée céleste pour sauver le « soldat » Gbagbo. Moralité : Laissons Dieu loin de nos querelles pour la conservation ou la conquête du pouvoir. Si d’aventure, il devrait s’en mêler, il combattra toujours aux côtés de ceux qui sont dans la vérité. Last but not least : la chute de Gbagbo sonne comme un signal fort à l’endroit de tout dirigeant qui serait tenté, à l’avenir, de s’accrocher vaille que vaille au pouvoir. « Nous avons envoyé avec l`Onu un message symbolique extrêmement fort à tous les dictateurs. Nous leur avons indiqué que la légalité, la démocratie devaient être respectées et qu`il y avait des risques pour ceux qui ne le faisaient pas », a en effet déclaré devant l`Assemblée nationale le Premier ministre français, François Fillon, au lendemain de l’arrestation de Laurent Gbagbo. Le cas Gbagbo interpelle donc Alassane Ouattara et au-delà, tous les dirigeants africains.
Assane NIADA

Source: l'Inter

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Vendredi 15 avril 2011 5 15 /04 /Avr /2011 12:32

ble-goude-et-laurent-gbagbLa Côte d’Ivoire revient de très loin. De 2000, date de l’accession au pouvoir de Laurent Gbagbo au 11 avril 2011, date de leur chute, Laurent Gbagbo et son clan auront tout mis en œuvre pour plonger le pays dans le chaos. L’économie, la société, l’armée tout ou presque, a volé en éclat. L’union construite en 40 ans de règne par Félix Houphouët-Boigny, s’est écroulée comme un château de paille. Les distensions au sein des populations sont parties grandissantes au fil des années. Le fil patriotique sous la pression des agissements des hommes de Laurent Gbagbo a fini par rompre. Les frères d’hier, sont devenus en l’espace d’une décennie, des ennemies. Jouant sur la fibre ethnique, les hommes de l’ancien Chef de l’Etat sont parvenus à monter les Ivoiriens les uns contre les autres. Poussé à bout, des soldats, ont fini par prendre les armes, le 19 septembre 2002, pour s’installer dans les zones du Nord, du centre et de l’ouest. Cette séparation avec « la Côte d’Ivoire utile », selon Laurent Gbagbo, n’aura pas servi à l’époux de Simone. Au contraire, l’homme avec l’appui de son ami de président du Conseil constitutionnel, Yao Paul N’Dré, n’a pas hésité à invalider le vote dans plusieurs départements du nord, creusant un peu plus l’écart entre le Nord et le Sud. Dès lors, la chasse à l’homme prend de l’ampleur. Les militants du RHDP sont dans le viseur des hommes de Laurent Gbagbo. Les escadrons de la mort reviennent à la charge. Avec eux, des jeunes miliciens et mercenaires, tiennent dans les quartiers et villages favorables à leur mentor des barrages, où des délits de patronymes et de faciès sont commis. La terreur prend corps à Abidjan. Des milliers de populations plient bagage pour regagner leur village, fuyant Abidjan où une guerre civile se dessine. En quelques jours, les gares routières sont débordées. Les tarifs des transports triplent. Blé Goudé ferme les yeux sur ce phénomène. Pour lui, personne ne quitte Abidjan. Dans les quartiers, ceux qui, malgré eux sont restés sur place ferment à peine les yeux. Malgré tout, le vœu de Laurent Gbagbo de voir la Côte d’Ivoire sombrer, ne se réalise pas. Les laborantins du FPI sondent alors un autre terrain : la fibre religieuse. Des mosquées sont attaquées, incendiées et pillées. La réplique espérée par le clan de Laurent Gbagbo n’arrive pas. Les hommes de Laurent Gbagbo poussent le bouchon plus loin. Une liste d’Imams à abattre fait son apparition. Certains d’entre eux seront abattus à bout portant même à l’intérieur de leur office. Une fois de plus, la sagesse gagne les hommes religieux qui appellent à l’apaisement.
Autre secteur, même constat : l’école. Là où il fallait, 10 milliards de FCA pour donner une nouvelle image à l’école, Laurent Gbagbo aura réussi la prouesse de conduire l’école dans un gouffre, malgré ses 75 milliards de budget de souveraineté. L’économie, en dix ans de règne, ne s’est pas, non plus, mieux portée.
L’économie en mal

Longtemps considérée comme, pays phare de la sous région ouest africaine, la Côte d’Ivoire, en dix ans de règne du FPI, a dégringolé. De son rang de leader, le pays d’Houphouët-Boigny se « cherche » aujourd’hui. Le quotidien des Ivoiriens s’est considérablement dégradé. La pauvreté et le chômage sont devenus monnaie courante pour bon nombre d’Ivoiriens. Le taux de pauvreté dépasse les 49%. Un Ivoirien sur deux arrive à peine à avoir un dollar par jour. Les Ivoiriens qui ont la chance d’avoir un emploi, sont de plus en plus moins nombreux. La création des emplois est le dernier souci des hommes de Laurent Gbagbo. Le secteur privé, qui devrait prendre la relève du public, n’a pas les coudées franches pour le faire. La chasse aux opérateurs économiques, notamment français, a été entretenue par les jeunes « patriotes » qui ont agi en toute impunité. En 2004, plusieurs centaines d’entreprises françaises sont attaquées par les hommes de Laurent Gbagbo. Aucune mesure urgente n’a été prise pour permettre la reprise de leurs activités. Ne pouvant plus, certains opérateurs ont plié bagage, mettant au chômage plusieurs de leurs employés. « Qu’ils s’en aillent, s’ils le veulent », pouvait-on entendre dans les agoras et parlements. Entre un semblant de mieux être et un avenir difficile, Laurent Gbagbo a fait le choix de la seconde proposition.
Thiery Latt

Source: Le Patriote

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  • : de Seth KOKO
  • de Seth KOKO
  • : Homme politique ayant longtemps œuvré dans une diplomatie discrète au profit de l'ancien chef de l'état ivoirien, Laurent Gbagbo.« Il est l'auteur du Dialogue Direct inter-ivoirien qui a ramené la paix en Côte d'Ivoire » entre 2006 et 2010. Seth Koko est aujourd’hui opposé à la politique de M.Gbagbo qu’il accuse d’avoir manipulé et trompé les ivoiriens durant ces 10 dernières années.Seth Koko est désormais un Leader d'opinion,défenseur de la société civile ivoirienne
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·        Le peuple ivoirien a été abusé pendant 10 ans par Laurent Gbagbo et ses amis du FPI.

voice of africaVoice of Africa Radio reçoit Seth Koko le 11 mai 2010

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