Mercredi 13 juillet 2011
3
13
/07
/Juil
/2011
12:42
Malgré le risque d'un défaut grec, les États européens peinent toujours à s'accorder sur une solution pour sauver le pays de la faillite.

Quel est le point de départ de cette crise ?
C'est la situation budgétaire catastrophique de la Grèce qui hante toujours les marchés. Le déficit budgétaire de la Grèce ne se résorbe pas: il s'élève toujours à 10,5% du PIB alors que la dette
publique grecque ne se réduit pas et atteint 150% du PIB. Malgré un prêt de 110 milliards consenti en mai 2010 par la zone euro et le FMI, il est acquis que la Grèce sera incapable de
se refinancer sur les marchés, comme prévu, en 2012, en raison des taux d'intérêts exorbitants que lui imposent les créanciers: 15,8% pour des prêts à 10 ans. En juin dernier, le Conseil européen
et le FMI ont accepté de prêter à nouveau 110 milliards d'euros à la Grèce, en échange d'économies drastiques et de privatisations massives, mais ce second plan de sauvetage, promis pour
juillet 2011, n'est pas finalisé. Il a été repoussé à septembre, au grand dam des marchés qui s'impatientent. Car, contrairement au premier plan de sauvetage, financé à 100% par de l'argent
public - États et FMI -, le second plan impliquera - c'est la condition posée par Berlin, premier créancier de la zone euro -, une participation de 30% du secteur privé (banques,
assurances, fonds de pension). Or, depuis des semaines, les États de la zone euro et les institutions européennes sont divisés sur les modalités de cette participation privée. Faute d'accord sur
ce point, c'est le second sauvetage de la Grèce qui est en suspens avec, à la clé, un nouveau risque de faillite d'un État de la zone euro.
Les créanciers privés paieront-ils?
Au printemps dernier, à mesure que s'impose l'idée d'un deuxième plan d'aide à la Grèce, Berlin exige d'y associer ses créanciers privés. Banques, assureurs, fonds de placement devront payer, aux
côtés de l'Union européenne et du FMI. Cette position allemande est d'abord politique: outre-Rhin, l'opinion est de plus en plus remontée contre une facture qui ne cesse de s'alourdir, avec les
sauvetages successifs de la Grèce, de l'Irlande et du Portugal. Et Angela Merkel vient de perdre plusieurs scrutins régionaux importants. «Faire payer les banques», ce serait un tribut estimé à
30 milliards d'euros sur trois ans. La Banque centrale européenne (BCE) est contre: «Toute participation des banques doit être volontaire», martèle-t-on à Francfort. Car, en vertu des codes
et des usages en vigueur sur les marchés, quand un créancier consent «volontairement» un aménagement de ses crédits, son débiteur n'est pas en «défaut» de paiement. Le «défaut», c'est
schématiquement l'incapacité du débiteur à rembourser ce qu'il doit dans le calendrier prévu, ce qui «oblige» son créancier à faire une croix sur une partie de ses avoirs. Mais cette définition
générique est sujette à interprétation, notamment de la part des agences de notation. Les plus brillants esprits de la zone euro essaient donc de trouver un plan impliquant les créanciers privés
et suffisamment attractif pour que ceux-ci y participent volontairement ou, du moins, en donnent l'apparence. En vain, à ce stade.
Quelles seraient les conséquences d'un défaut?
Pourquoi est-il si important que la Grèce ne fasse pas défaut? Après tout, les investisseurs ont déjà conscience que la Grèce n'est pas en mesure de faire seule face à ses dettes. Mais
l'officialisation du défaut de paiement d'Athènes aurait des conséquences jugées d'autant plus effrayantes qu'elles sont incertaines.
Ce qui est sûr, c'est qu'un défaut obligerait toutes les banques à déprécier la valeur de tous leurs emprunts grecs. Première victime: les banques grecques, qui seraient en pertes, et surtout
risqueraient d'être boycottées sur les marchés. Qui prêterait de l'argent à des institutions dont une grande part des actifs aurait fondu? Deuxième victime: l'État grec. À court terme, il risque
d'avoir à soutenir ses banques - mais avec quel argent? - et à long terme, d'être lui aussi banni des marchés. À titre d'exemple, l'Argentine, dix ans après sa faillite, ne peut toujours pas
réemprunter sur les marchés. Troisième victime: la BCE. Elle aussi détient des obligations grecques en masse. Et elle serait face à un sacré dilemme. Théoriquement, elle ne peut pas accepter
d'emprunts d'un pays en défaut en contrepartie des financements qu'elle accorde aux banques de la zone euro. Ce serait sa propre solidité qu'elle mettrait en jeu. Mais les événements pourraient
lui forcer la main et l'obliger à fournir de l'oxygène aux banques grecques, voire à d'autres banques de la zone euro si sur les marchés le cas d'Athènes devait faire tâche d'huile.
Pourquoi ce phénomène de contagion?
Faute de solution globale, et définitive à la crise de la zone euro, les marchés attaquent les «maillons faibles» de l'Euroland, les uns après les autres: après la Grèce en 2009 et 2010, ils ont
fait plonger l'Irlande fin 2010, puis le Portugal au printemps. Ces trois pays sont aujourd'hui sous assistance financière du FMI et de la zone euro, qui leur prête de l'argent, par tranche, en
échange de plans d'austérité draconiens. Accouchés dans la douleur, ces trois plans de sauvetage n'ont pas empêché la contagion de se poursuivre. Aujourd'hui, l'Italie et l'Espagne et peut-être
la Belgique sont en ligne de mire. Tous ces États ont en commun une dette publique très élevée, supérieure à 90% de leur produit intérieur brut (PIB), et une croissance faible, deux éléments
susceptibles de mettre en danger leur solvabilité, c'est-à-dire leur capacité à rembourser leur dette. Si l'Italie est attaquée aujourd'hui, c'est aussi pour des raisons politiques: les marchés
doutent de sa capacité à faire appliquer le plan de rigueur de 40 milliards d'euros, adopté jeudi dernier en Conseil des ministres. La contagion est difficile à éviter en Europe, car la zone
euro est, depuis sa création, une union monétaire incomplète: chacun État est responsable de son budget. Il n'y a pas de solidarité automatique, ni de transferts d'un pays à l'autre. C'est la
fameuse clause de «non-sauvetage» - «no bail out» - inscrite dans les traités de l'UE. LIRE LA SUITE)))