Laurent
Gbagbo a demandé samedi le départ de la mission de l'ONU (ONUCI) et des militaires français de la force Licorne
En Côte d’Ivoire, après une journée de calme relatif, le camp de Laurent Gbagbo a fait monter la pression ce samedi matin. Il appelle désormais à mener le combat contre Ouattara et ses
partisans, et affiche sa volonté de défier la communauté internationale.
La mission de l'ONU compte 10.000 casques bleus, Licorne environ 900 hommes.
Un peu plus tôt, le leader des jeunes partisans de Gbagbo avait appelé le peuple "à s'apprêter à livrer" le "combat" contre le camp Ouattara". "On va libérer totalement notre pays", a déclaré le
leader des "jeunes patriotes", Charles Blé Goudé. Un rassemblement est prévu samedi à Abidjan.
Dans le même temps, la pression des
pays étrangers s'intensifie contre le président autoproclamé, Laurent Gbagbo. Laurent Gbagbo doit partir "avant la fin de la semaine", a déclaré vendredi Nicolas Sarkozy à
Bruxelles, le menaçant de faire l'objet de sanctions comme le gel d'avoirs et des restrictions de visa.
Les violences jeudi à Abidjan ont fait de 9 à une trentaine de morts, selon les bilans, et au moins 80 blessés. Les militaires se sont attaqués à une manifestation des partisans d'Alassane
Ouattara, qui se dirigeait vers la télévision d'Etat, aux mains du camp Gbagbo.
Le siège de l'Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire a essuyé des tirs de la part d'"hommes armés vêtus de tenues militaires" dans la nuit de vendredi à samedi à
Abidjan, a annoncé l'ONUCI. La veille, l'armée ivoirienne, fidèle à Laurent Gbagbo, avait accusé l'ONU d'appuyer militairement les forces soutenant son rival Alassane Ouattara..
Les propos
incendiaires de Charles Blé Goudé
"Nous allons défendre la dignité et la souveraineté de notre pays jusqu'à la dernière goutte de notre sueur", a déclaré le leader des
"jeunes patriotes" et ministre de la Jeunesse de M. Gbagbo. "Je demande à tous les Ivoiriens de s'apprêter à livrer ce combat, on va libérer totalement notre pays", a-t-il dit. "La
récréation est terminée !", a-t-il ajouté.
Un rassemblement des "jeunes patriotes" est prévu samedi après-midi dans le quartier pro-Gbagbo de Yopougon à Abidjan, afin de nous "mettre en ordre de bataille à travers tout le pays",
a-t-il annoncé. "Gbagbo n'est pas le sous-préfet de (Nicolas) Sarkozy", le président français, et celui-ci "devra passer sur nos corps pour s'attaquer à Gbagbo", a ajouté Charles Blé
Goudé.
Charles Blé Goudé, surnommé le "général de la rue", avait été le fer de lance de violentes manifestations anti-françaises en 2003 et 2004 à Abidjan. Il est soumis depuis 2006 à des sanctions
de l'ONU, gel de ses avoirs et interdiction de voyager.
La communauté internationale accentue la
pression
Le président de la Commission de l'Union africaine, Jean Ping, a bien "remis" à Laurent Gbagbo une lettre lui demandant de quitter le pouvoir, a indiqué samedi une source proche de
l'UA. Cette lettre est signée Goodluck Jonathan, chef de l'Etat nigérian et président en exercice de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao).
La CDAO (Communauté économique des états d'Afrique de l'Ouest) a demandé vendredi à Laurent Gbagbo de transférer "immédiatement" le pouvoir. Cette instance est la dernière en date à
intervenir pour faire céder Laurent Gbagbo dans son obtstination à se maintenir au pouvoir, afin qu'il reconnaisse la légitimité de Alassane Ouattatra, désigné vainqueur lors de
l'élection présidentielle du 28 novembre.
Washington a estimé vendredi qu'il était temps que Laurent Gbagbo renonce au pouvoir en Côte d'Ivoire. Dans le cas contraire, les Etats-Unis sont prêts à prendre des sanctions à son
encontre.
Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-Moon a estimé que la maintien au pouvoir de Laurent Gbagbo conduirait à une "parodie de démocratie". Il a mis en garde contre toute attaque des troupes
des Nations Unies présentes sur place.
Sarkozy lance un ultimatum à Gbagbo
"Laurent Gbagbo et son épouse ont leur destin entre leurs mains. Si avant la fin de la semaine,
Laurent Gbagbo n'a pas quitté le poste qu'il occupe en violation de la volonté du peuple ivoirien, ils seront nommément sur la liste des sanctions", a dit Nicolas Sarkozy
devant la presse à Bruxelles à l'issue du sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE.
"Ce qui se passe en Côte d'Ivoire est parfaitement inadmissible (...) des élections ont eu lieu, sous le contrôle des Nations unies, elles ont été validées par les Nations unies. Mieux,
la totalité des Etats africains ont reconnu l'élection d'Alassane Ouattara", a-t-il poursuivi.
"En violation de la volonté du peuple ivoirien, qui avait déjà été privé d'élection pendant dix ans, M. Gbagbo se maintient au pouvoir, ses partisans tirent, il y a eu des morts dans les
rues d'Abidjan hier, c'est un scandale", a martelé le président français.
"Il n'y a pas d'autre possibilité pour M. Gbagbo que de quitter à bref délai un pouvoir qu'il usurpe", a conclu le président français.
L'armée fidèle à Gbagbo accuse les Nations-Unies de soutenir son rival Ouattara
L'armée ivoirienne a accusé les forces de l'ONU, l'Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire (ONUCI), d'appuyer militairement les forces soutenant son rival Alassane Ouattara. "Depuis
maintenant bien des jours, (...) la force étrangère de l'ONU, venue en Côte d'Ivoire comme une force impartiale et d'interposition entre belligérants, a abandonné cette posture", a déclaré
le porte-parole des Forces de défense et de sécurité (FDS, armée loyaliste), le colonel-major Hilaire Babri Gohourou, à l'antenne de la télévision d'Etat RTI, un média qui a été pris en
otage par le camp Gbagbo depuis le 29 novembre 2010.
Selon lui, les FDS ont noté "une circulation subitement devenue intense des véhicules marqués UN - Nations unies - dans le district d'Abidjan et dans les villes de l'intérieur du pays,
d'incessants survols (de leurs) casernes par les hélicoptères de l'ONUCI".
Un contingent de 800 hommes sur les 10.000 de
l'ONUCI protège l'hôtel du Golf à Abidjan, qui sert de quartier général aux partisans de Alassane Ouattara, reconnu comme président élu par l'ONU et la quasi-totalité des pays
étrangers.
Des centaines de mercenaires à la RTI
La scène est insupportable. Une demi-douzaine d’hommes en armes fait pleuvoir de violents coups de ceinturons, de paires de gifles et de coups de pieds sur un jeune au physique
flegmatique. Il est exactement 13h et le scénario se déroule dans une des rues désertes qui mène à la RTI. –« Pardonnez chefs ! Pardonnez chefs ! Je ne suis pas un marcheur. Je reviens du marché
», lance-t-il de toute sa voix, criant de douleur.
-« Quel marché ? On ne veut voir personne ici », réplique un des soldats tout en continuant de le rouer de coups. A force de crier et à bout de souffle, le jeune homme perd la voix et il
s’écroule. Mais les hommes en armes aux biceps impressionnants ne lâchent pas prise. Les coups continuent de s’abattre sur l’infortuné jeune homme. Finalement, l’un d’entre eux fait signe au
groupe de monter dans le pick-up sans immatriculation. Mais avant de partir, celui qui semble le plus nerveux lance cette mise en garde : « Gare à vous si on vous voit encore dans les rues ».
Loin de leurs appartements ou des fenêtres, des populations observent impuissantes cette scène révoltante. Hier, la violence militaire – ou ce qui semblait en donner lieu – avait élue domicile
aux alentours de la RTI. Toutes les voies, toutes les entrées et toutes les issues qui conduisent à la maison bleue sont gardées par une soldatesque armée jusqu’aux dents. Ces derniers avaient à
cœur en tout cas, de ne pas perdre cette « citadelle ». La voie principale qui passe devant ce bâtiment est totalement coupée. Pour les automobilistes et ceux qui viennent d’Angré, c’est le
carrefour de la vie qui est leur terminus. A défaut, ils doivent se frayer un chemin dans les rues de la citée des Arts pour ressortir à Cocody. Pour ceux qui viennent par contre de Cocody en
direction des II-Plateaux, la voie est aussi obstruée. De part et d’autres, l’on peut apercevoir un impressionnant dispositif des miliciens de Gbagbo, puissamment armées, aux visages graves et
encagoulées. Et comme si cela ne suffisait pas, les populations assistent à une parade de pick-up bourrés de soldats et surmontés d’armes. Cependant, les militants du RHDP n’ont pas voulu se
faire intimider. Ils ont répondu à l’appel du Premier ministre Guillaume Soro, mais, ils ont été sauvagement gazés et battus par les hommes à la solde de Gbagbo, jusqu’à ce que la pluie vienne
mettre fin à leur souffrance. Comme si Dieu lui-même avait voulu dire « ça suffit ! ».
YMA
Trois passants froidement exécutés à Cocody
La milice pro-Gbagbo et ses mercenaires étrangers sévissent depuis des semaines à Abidjan. Hier, face aux manifestants aux mains nues qui tentaient d’aller libérer leur télévision, les tueurs de
Gbagbo ont dégainé. Dans tous les quartiers de la ville d’Abidjan, ils ont semé la mort. Et le plus choquant, ce sont les exécutions sommaires auxquelles ils se sont adonnés. Hier vers 15 heures,
les mercenaires et les hommes de Dogbo Blé positionnés au carrefour Marie Thérèse Houphouët-Boigny ont interpellé trois jeunes passants avant de froidement les assassiner dans la broussaille
environnante. Sans autre forme de procès. Ces trois jeunes Ivoiriens qui tentaient de rentrer chez eux, après les tirs croisés du matin, ont eu la malchance de passer devant les mercenaires
étrangers de Gbagbo. Que tous les exécutants de cette salle et basse besogne le sachent pour dit. Ils passeront tôt ou tard devant le tribunal pénal international et paieront pour tous ces crimes
crapuleux.
Ibrahima B. Kamagaté
Abobo: Plus de dix tués et une cinquantaine de blessés
Plus d’une dizaine de manifestants aux mains nues tués, une cinquantaine de blessés. Tel est le triste bilan selon le service de communication de la mairie de la marche de la RHDP sur la RTI de
la commune d’Abobo. En effet, à l’appel du gouvernement légitime au peuple de Côte d’Ivoire de s’opposer à la forfaiture de Laurent Gbagbo de s’accrocher au pouvoir, des milliers des populations
d’Abobo se sont massivement mobilisées hier. Tôt le matin, des manifestants se sont regroupés pour prendre la direction de la Télévision nationale (RTI) dont les nouveaux dirigeants devraient
être installés par le chef du gouvernement, Guillaume Kigbafori Soro. Organisés en petits groupes, les manifestants ont réussi à tromper la vigilance des FDS en empruntant des chemins différents
pour ainsi converger vers la RTI. Ainsi, le premier groupe de manifestants aux mains nues ont pu déjouer les multiples barrages FDS jusqu’à entrer dans la commune d’Adjamé. Quant au second groupe
de manifestants, il a été nettement stoppé par les FDS, dont la plupart était encagoulé, au niveau de Filtisac. Selon plusieurs personnes, les manifestants ont levé leur bras pour témoigner de la
marche pacifique. Cependant, ils ont été sauvagement pulvérisés de gaz lacrymogènes et des tirs à balles réelles. Bilan : plusieurs blessés et deux morts. Pendant ce temps, le premier groupe
ayant réussi à contourner les éléments de Laurent Gbagbo s’est retrouvé nez à nez au niveau de l’école la Farandole en face de l’ENA avec des éléments toujours en cagoule. Sans sommation, ils ont
ouvert le feu sur les manifestants. S’ensuivront plusieurs blessés et quatre morts. En début d’après-midi, les manifestants venus d’Anyama ont été sauvagement agressés par les miliciens de Gbagbo
au niveau du dépôt 9. Le calme est revenu.
IBK
Yopougon: Au moins quatre morts
et plusieurs blessés
Les hommes de Gbagbo ont encore tué. Hier matin, des jeunes gens pour la plupart, âgés d’une vingtaine d’années, ont quitté brutalement la terre des hommes. Leur seul crime, c’est d’opposer à
l’imposture de Laurent Gbagbo. La marche sur la RTI initiée par les responsables du RHDP, a vite viré au drame à Yopougon. Dès 8h, les jeunes houphouétistes ont pris d’assaut les artères de cette
commune pour répondre à l’appel de leurs dirigeants, direction, la RTI. Pour libérer ce média d’Etat du joug du pouvoir frontiste qui en a fait un objet pitoyable de propagande.
A Yopougon Wassakara, les marcheurs seront accueillis par une pluie de gaz lacrymogènes au niveau du premier pont, lancés par les éléments du CeCOS. Des projectiles qui n’entament pas la
détermination des marcheurs qui se dispersent puis se regroupent à nouveau. Face à leur détermination, les hommes en armes font feu. Un jeune est grièvement touché, il succombera à la suite de
ses blessures dans une clinique de la place. Comme lui, un autre, tentant de s’abriter au pied d’un immeuble est abattu par un tir venu du bâtiment. « C’est un Libanais qui a tiré sur lui »,
assure un témoin, avant d’ajouter que des policiers étaient aussi postés sur le toit de certains immeubles du quartier. A Port-Bouët II et à Andokoi, réputés favorables au RHDP, la CRS aidée du
CeCOS ouvrira le feu sur les marcheurs. Bilan : deux morts. Selon une source proche des manifestants, un marcheur aurait été sauvagement abattu au niveau du carrefour « Policier » sur l’ancienne
route reliant Yopougon à Adjamé. Au total, au moins quatre personnes ont perdu la vie à Yopougon.
Y. Sangaré
Koumassi :Un mort et plusieurs blessés
La troisième commune la plus peuplée du District d’Abidjan a connu une journée assez mouvementée hier. La commune du maire Raymond Yapi N’Dohi a été inondée de tirs et de gaz lacrymogènes par les
mercenaires et miliciens de Laurent Gbagbo. Dans la fusillade, un jeune militant du RHDP a été exécuté par l’un des mercenaires angolais qui ont été infiltrés dans les rangs de la police et de la
gendarmerie. Plus d’une dizaine de manifestants a été blessée dans les affrontements de rue. Du carrefour campement à la place Inchallah en passant par le quartier Marais, Progrès et Remblais,
les militants du RHDP sont sortis nombreux à l’appel du directoire du Premier ministre Guillaume Soro pour libérer la RTI. Tôt le matin, des barricades de fortune ont envahi les artères de la
commune. Des pneus usés ont été brûlés par des manifestants en guise de protestation. Les manifestants ont été stoppés dans leur élan par les tueurs à la solde de Laurent Gbagbo. Malgré cette
barbarie orchestrée par les chiens de guerre du candidat de LMP, les manifestants ont tenu à maintenir leurs positions dans les grands carrefours de la commune jusqu’à tard dans la soirée. «
Laurent Gbagbo nous tuera nous tous. Mais il partira », lançait le M.D. non loin de la pharmacie Marais. Au niveau de la pharmacie Keneya, même décor. De jeunes gens, le visage badigeonné de
carbone, tenaient une barricade en faisant face aux forces de l’ordre. A presque tous les grands carrefours de la ville, l’odeur des gaz lacrymogènes s’est levée jusque dans les foyers des
riverains. La circulation s’est arrêtée. Les véhicules de transport et ceux des particuliers ont préférés garer face aux violences perpétrées par les hommes en arme. Les petits commerces et les
magasins ont fermé toute la journée. Les habitants sont restés terrés chez eux. Les rues désertes ont été prises d’assaut par des usagers contraints de rentrer à pied chez eux. Assurément, hier,
la commune de Koumassi ressemblait à une ville morte. Pour aujourd’hui, les manifestants ont promis de remettre cela jusqu’à ce que Laurent Gbagbo quitte le pouvoir.
Jean-Claude Coulibaly
Un dossier France2.fr et Le Patriote.net
Par l’Alliance
Citoyenne de la Société Civile Ivoirienne (ACSCI)
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