Jeudi 10 septembre 2009
4
10
/09
/Sep
/2009
00:38
Laurent Gbagbo et son régime refusent de reconnaître les bienfaits de la France. Faut-il s’en étonner ?
Certainement pas, pour qui connaît les vilains sentiments dont sont coutumiers les hommes de la maison bleue. Si Gbagbo vilipende aujourd’hui la France après que ce pays l’a logé, nourri et blanchi
de 1982 à 1988, il l’a aussi fait envers d’autres « bienfaiteurs ». Le premier d’entre eux, est le Président Blaise Compaoré. Le Palais de Kosyam n’avait pas de secret pour les cadres du FPI.
Compaoré y recevait, de jour comme de nuit, Laurent Gbagbo ou ses envoyés. Il leur donnait de fortes sommes d’argent. C’est l’une d’entre elles, on parle de 300 millions de francs CFA, qui leur a
permis de doter le groupe de presse Le Nouvel Horizon d’une imprimerie et aider, financièrement et économiquement, le combat du FPI. Une fois au pouvoir, ces mêmes leaders politiques, soutenus par
cette presse à la mémoire courte, se sont lancés dans les épigrammes contre le pouvoir burkinabé. Le régime d’Abidjan a même été accusé d’avoir financé un projet de coup d’Etat contre Blaise
Compaoré. Le Colonel Logbo Raphaël, ancien aide de camp de Laurent Gbagbo a été nommément cité par les soldats impliqués dans le coup, en 2004. Mais, la politique a ses énigmes. Aujourd’hui, Gbagbo
et Compaoré se sont retrouvés.
Il en était de même pour l’ancien Président du Gabon. Le Palais du bord de mer à Libreville, a reçu plusieurs visites de Laurent Gbagbo. Et l’on soutient qu’il en sortait les poches pleines. Le
financement des activités du FPI était, en bonne partie, le fait d’Omar Bongo. Là encore, à la surprise générale, Gbagbo a traité le Président gabonais de « rigolo ». La colère de Bongo dont on
sait qu’il avait un rapport paternaliste avec les hommes politiques de la génération venue après la sienne, était à la mesure de son indignation. Bongo et ses hommes comprenaient mal, comment après
avoir reçu autant d’aide financière et de conseils politiques, Gbagbo pouvait les remercier de la sorte ? Les autorités françaises se posent aussi les mêmes interrogations. C’est donc clair,
l’ingratitude semble être le deuxième nom de la Refondation.
Laurent Gbagbo et ses partisans en font partie. Depuis une dizaine d’années, ils continuent de ruminer ce « dépit amoureux » envers l’ex-puissance tutélaire qui aurait dû écraser Chérif Ousmane et
ses compagnons. Dans leur dénonciation du rôle de la France, ils développent depuis un moment, l’idée selon laquelle, ce pays serait engagé pour une partie de la classe politique contre une autre.
Or, à regarder dans le rétroviseur, l’objectivité nous recommande de reconnaître que sans la France, à travers l’ensemble de ses gouvernements de gauche ou de droite, le combat du FPI n’aurait
jamais abouti. Laurent Gbagbo ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui. Pendant les longues années où Gbagbo a été dans l’opposition, lui-même et son parti ont bénéficié d’une certaine sympathie de
la part des autorités françaises. Rappels historiques.
1982 – 1988 : Six années d’asile pour un exil doré
Ce sont les six ans d’exil. Laurent Gbagbo lui-même ne cesse de le rappeler : « On m`a traité de jeune bourgeois qui veut fuir le lieu de combat. Là aussi, je savais que c`était le chemin. Donc,
premièrement, j`avais convaincu les camarades qu`il fallait mener le combat pour la démocratie. Deuxièmement, je les ai convaincus qu`il faut que l`un d`entre nous aille en exil ». Il a quitté la
Côte d’Ivoire pour se refugier en France en qualité d’exilé politique. Ce statut est accordé par les Etats et non par les individus. Selon l'article 4 du préambule de la constitution de 1946 en
France, «tout homme persécuté en raison de son action en faveur de la liberté a droit d'asile sur les territoires de la république».
Ce n’est donc pas une question d’amitié qui a rendu possible ses six ans passés en France. Laurent Gbagbo a bénéficié d’un statut d’exilé politique avec tous les avantages y afférents. Malgré un
refus officiel qui lui a été signifié en avril 1982, pour ne pas brouiller les relations avec Houphouët, Gbagbo recevait régulièrement de l’argent du gouvernement et la protection des services
secrets. Toute chose qui lui a permis de préparer des livres dont « Agir pour les libertés », et de faire ses choix politiques.
Octobre 2000 :
le soutien électoral
C’est l’année de la consécration pour lui. Nous sommes le 25 octobre. Opposé au Général Guéi dans le cadre d’une compétition électorale qui a exclu les candidats du RDR et du PDCI, Laurent Gbagbo
peine à se faire élire par les urnes. Alors, il profile une stratégie de révolte militaire avec ses soutiens à la gendarmerie et dans l’armée. Lorsque le Général Guéi proclame son élection,
l’opposant Laurent Gbagbo ne sait plus à quel saint se vouer. Il reçoit un coup de fil d’une haute personnalité de Matignon, lui disant de prendre les dispositions et qu’à compter de cet instant,
il sera sous protection française. Le gouvernement français met alors en branle une machine diplomatique et militaire. Gbagbo s’engouffre dans le coffre de la voiture de son conseiller, Lida
Kouassi Moïse pour la Résidence de France. C’est là que le ciel commence à s’éclaircir pour lui. RFI, une radio officielle de l’Etat français, directement rattachée au ministère des Affaires
étrangères lui ouvre ses ondes. Les Ivoiriens ont pu l’entendre s’autoproclamer. «A partir de cet instant, le Chef de l’Etat, c’est moi. Je demande à tous les Ivoiriens de prendre la rue jusqu’à ce
que le Général Guéi recule ». Le rapport de force a donc changé de camp. Laurent Gbagbo, sous protection de la France, trouve la force de croire en sa victoire. Recherché par les hommes de la garde
prétorienne du chef de la junte, il n’a pu être arrêté jusqu’à ce que la rue vienne en soutien aux blindés de la gendarmerie qui avaient quitté les camps pour combattre le Général Guéi.
Lors du déroulement des opérations électorales, le Parti socialiste français était présent. Un signe que la France n’entendait pas abandonner son poulain. Ce pays a été le premier du monde
occidental à envoyer une lettre de félicitation pour l’élection de Gbagbo. Le gouvernement français s’était même opposé au Président Thabo Mbeki de l’Afrique du Sud qui réclamait la reprise du
scrutin afin qu’y participent des candidats de poids que sont Alassane Ouattara et Konan Bédié.
La France n’a pas demandé de nouvelles élections. Pour le gouvernement français, d’alors «il n'est manifestement pas question de remettre en cause cette élection». L'installation de Gbagbo
permettrait au pays «d'échapper au chaos», poursuivait Hubert Védrine, le ministre français des Affaires étrangères de l’époque, qui déclarait l'élection « légale, dans le sens où elle est conforme
à la légalité ivoirienne ». Il existait des liens très forts entre le PS et le FPI. Michel Rocard, député influent du PS, avait été chaleureusement applaudi en annonçant à un groupe d'études que
Guéï avait été renversé et que « notre camarade Gbagbo est Président de la Côte d'Ivoire ». Henri Emmanuelli, le député PS qui dirige le groupe d'amitié France-Côte d'Ivoire, a fortement supporté
Gbagbo comme le nouveau président en déclarant que ce dernier « jouit d'une culture démocratique et d'une force de caractère pour consolider le rétablissement d'une démocratie fonctionnelle. »
Mai 2001 : des experts du
Trésor français avec Gbagbo
Le gouvernement ivoirien est asphyxié. Il n’y a pas d’argent dans les caisses de l’Etat. C’est encore la France qui met à la disposition de Gbagbo, des experts de Bercy (siège du ministère de
l’Economie et des Finances) et du Trésor français afin de l’aider à ficeler les dossiers pour aller les défendre au Club de Paris, à la Banque Mondiale et au Fonds monétaire international. En ce
moment-là, le gouvernement ivoirien, était un regroupement de théoriciens, forts en thèmes, des « profs » incapables de traduire dans les faits les connaissances livresques.
19 septembre-décembre 2002 : Le soutien logistique
Laurent Gbagbo est en Italie. Après avoir été informé du coup d’Etat qui s’opérait à Abidjan, son premier réflexe, n’a pas été de joindre Lida Kouassi Moïse, son ministre de la Défense, encore
moins le Général Mathias Doué, le chef d’Etat-major. Gbagbo a voulu, encore une fois, se confier à la France. Les contacts téléphoniques n’ont pu établir la liaison avec le Président Chirac.
Toutefois, ses amis socialistes lui ont fait comprendre que la situation n’était pas aussi dramatique.
A Abidjan pourtant, l’armée est totalement démunie, désorganisée et sans commandement réel. L’ancien ambassadeur Renaud Vignal reçoit des instructions de sa hiérarchie. Elles sont fermes. Il faut
apporter un soutien logistique aux FANCI. Renaud Vignal s’exécute : du carburant, des munitions et les véhicules de transport de troupes sont mis à la disposition du Général Doué qui le confirme
dans une interview qu’il a accordée à la presse. « J’ai dû faire appel à des amis pour m’envoyer des munitions. Ils m’ont fait livrer les munitions dans des cargos français. Imaginez qu’on n’ait
pas eu ce soutien des Français. Que se serait-il passé ? Et c’est comme cela que j’ai eu mes premières munitions. Ce sont les soldats français qui m’ont donné les premiers véhicules que j’ai
déployés sur le terrain. » (Le Patriote du 29 oct 2008). A ce propos on se rappelle que le ministre délégué à la Défense avait publiquement annoncé avoir écrit au gouvernement français afin que
soient activés les accords de défense. Paris avait alors répondu en se contentant du “soutien logistique”, car il n’y avait pas, en réalité, d’agression extérieure.
Octobre 2002 :
Le Pouvoir FPI protégé
La rébellion s’est installée dans le pays et prend des galons. Laurent Gbagbo est acculé. La France, intervenue dans un premier temps pour protéger ses ressortissants, comprend très vite que son
rôle doit évoluer entre les Forces armées gouvernementales et la rébellion. Cette action, certes à évité au pays de sombrer dans le chaos, mais, surtout elle a sorti le régime en place dont
certains barons avaient demandé l’asile auprès de l’ambassade de France à Abidjan, d’un guêpier. La France s’interpose donc pour officiellement protéger un cessez-le-feu signé sous les auspices de
la CEDEAO. La rébellion était alors aux portes de villes importantes comme Yamoussoukro, San-Pedro et Daloa. L’action des hommes du général Emmanuel Beth, premier commandant de la Licorne, a stoppé
la progression fulgurante des hommes de Guillaume Soro à Tiébissou, à Duékoué et à Grabo.
Une bonne partie de flux économique a été sauvée par la protection du port de San-Pedro et du tronçon Duékoué-Abidjan qui évacue une part importante des matières agricoles du pays. En déployant des
troupes de près de 4000 hommes pour l’opération Licorne, le gouvernement français fait dépenser au contribuable près de 20 milliards de francs CFA par mois. C’est un effort énorme consenti pour la
paix en Côte d’Ivoire. Pour lire la suite de l'article, LE PATRIOTE
Par Seth KOKO
-
Publié dans : Gbagbo pas présidentiable
4