« Je n’ai pas dit que je serai le prix Nobel
de la démocratie », aurait dit, Laurent Gbagbo, au lendemain du deuxième tour de la présidentielle du 28 novembre 2010 qui a vu la victoire écrasante de son adversaire (54,1% contre 45,9%). Il
répondait ainsi aux appels venant d’ici et d’ailleurs, l’invitant à respecter la volonté du peuple, à s’incliner devant la vérité des urnes. Cette phrase de l’ancien président, traduisait bien sa
transmutation politique. « L’enfant des élections » avait changé. L’auteur du fameux livre « Pour une alternative démocratique » et le chantre de la transition pacifique à la démocratie était
désormais très loin de ses thèses. Alors, ils étaient peu nombreux, les Ivoiriens, qui n’ont pas écrasé une larme ce lundi 11 avril, quand est apparue sur le petit écran de Télévision Côte
d’Ivoire (TCI), la première image de l’arrestation de Laurent Gbagbo. A cet instant précis, l’émotion était forte. Les Ivoiriens, dans leur grande majorité, ont plus pleuré leur espoir déçu que
de donner libre cours à leur joie de voir arrivée la fin d’un calvaire, l’arrêt des tueries, des massacres des populations innocentes. Celui qui leur avait promis de gérer la Côte d’Ivoire «
autrement », pour
leur
bonheur, leur a fait vivre un calvaire sans nom. Voir Gbagbo finir ainsi politiquement, est un drame. Son règne aura été un long fleuve de trahison pour le pays. Le paradis promis n’a été qu’un
cauchemar sans fin.
Pour comprendre cette réaction de beaucoup d’Ivoiriens, il faut remonter aux années 90, période qui a vu la Côte d’Ivoire retourner au multipartisme. Il ne faut pas oublier qu’au moment de son
accession à l’indépendance, la Côte d’Ivoire, à l’instar des autres pays du continent, comptait plusieurs partis politiques. Presque tous « les pères des nations », utilisant les mêmes arguments,
à tort ou à raison, ont mis leur règne, sous le boisseau du parti unique, pour éviter les tensions tribales, éparpiller les forces. 30 ans après, selon la loi de l’évolution du monde, ce système
politique ne pouvait plus convenir à la situation. Et chaque pays a connu son chemin de retour à l’ancien système démocratique. Pour l’expérience de la Côte d’Ivoire, les acteurs de ce rappel
incessant avaient pour noms, Zadi Zaourou, Bamba Moriféré, Francis Wodié, Gbaï Tagro et… Laurent Gbagbo, pour ne citer que ceux-là. Des organisations syndicales comme le SYNARES et le SYNESCI,
associations d’enseignants, y ont joué un rôle prépondérant. Mais de tous les animateurs de la vie politique, après le retour au multipartisme, seul Laurent Gbagbo tenait un discours de rupture.
Plus par besoin naturel de changement que par naïveté, une majorité d’Ivoiriens a adhéré à ses propos. Sa candidature à l’élection présidentielle de 90 contre le premier président de la
République, a fini par convaincre le plus sceptique, que les propos de Laurent Gbagbo sur le changement n’étaient pas « des paroles en l’air». La preuve, il a osé défier Félix Houphouët-Boigny.
Les 18% des voix récoltés, malgré la modestie du score, étaient vus comme une victoire. Aujourd’hui, rares sont ceux qui peuvent se vanter de n’avoir jamais cru en Laurent Gbagbo. Sa cote de
popularité était telle qu’il était devenu incontournable sur l’échiquier politique. Avec le parti politique de l’actuel chef de l’Etat, le RDR, il a formé le Front républicain. A peine le divorce
annoncé que le FPI, parti de Laurent Gbagbo, trouvait un autre partenaire qui fut le PDCI alors que Laurent Dona Fologo en était encore son secrétaire général. C’est essentiellement en s’appuyant
sur le poids du FPI dans l’opinion nationale, que le général Guéi a conduit sa transition militaire qui s’est terminée dans les conditions que l’on sait. Personne ici ne peut nier que Laurent
Gbagbo a représenté un grand espoir pour la Côte d’Ivoire. Malheureusement, rien de ce qu’il a
promis aux populations ne s’est réalisé.
Il se disait chantre de la démocratie, or son double mandat s’est déroulé dans la négation totale de l’expression plurielle. Dans un système de multipartisme, il était le seul a parlé à la
télévision nationale. Le culte de la personnalité le disputait aux pratiques politiques moyenâgeuses. Le démocrate qu’il disait être ne supportait pas la contradiction. L’ancien marcheur ne
tolérait guère les manifestations publiques de son opposition. Tout manifestant devenait candidat à la mort. Les tueries gratuites étaient devenues le lot quotidien des Ivoiriens. Et Laurent
Gbagbo décevra davantage par ses méthodes de gestion du pécule public. La gabegie, l’impunité, l’enrichissement illicite ont marqué le règne de ceux qui se présentaient aux populations comme des
poches de moralité. Et, histoire de moralité, c’est à peine si notre roi n’autorisait pas le peuple à venir assister à ses ébats amoureux. La déception des Ivoiriens sera encore plus grande quand
ils découvriront que le socialiste Laurent Gbagbo a passé le clair de son temps à acheter des armes de destruction massive plutôt que de construire des hôpitaux, des routes ou des écoles. Quand
ces Ivoiriens voient en plus, ce que le professeur d’histoire a fait de la jeunesse estudiantine, de l’école, ils ne peuvent que pleurer d’avoir été roulés dans la farine par celui qui les
avaient fait rêver en leur promettant monts et merveilles. Les Ivoiriens pleurent sur leur pays tombé en ruine, sur leur espoir déçu. Ils pleurent pour avoir été trompé par Laurent Gbagbo.
Raoul Mapiéchon
Source: Le Patriote
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ABIDJAN,Les violences post-électorales en Côte
« Je m’engage à bien
et fidèlement remplir ma fonction, à l’exercer en toute indépendance et en toute impartialité dans le respect de la Constitution, à garder le secret des délibérations et des votes, même après la
cessation de mes fonctions, à ne prendre aucune position publique dans les domaines publics, économique ou social, à ne donner aucune consultation à titre privé sur les questions relevant du
Conseil constitutionnel ». Avant sa prise de fonction, c’est en ces termes que Paul Yao N’Dré a prêté serment devant le président de la République. Malheureusement dans les faits, le président du
Conseil constitutionnel a failli à sa mission. Non seulement, le président du Conseil constitutionnel actuel n’a pas exercé sa fonction en « toute indépendance et en toute impartialité », mais en
plus il n’ pas respecté la Constitution. Parlons de l’indépendance. Paul Yao N’Dré n’a jamais exercé en toute indépendance. Il s’est toujours senti redevable à son ami Laurent Gbagbo à qui il
n’hésitait pas à rendre régulièrement visite pour des consultations. Pour ce qui est de l’impartialité, l’arrêt rendu le 4 décembre 2010 dernier parle de lui-même. Paul Yao N’Dré a usé et abusé
de tout son pouvoir pour inverser le résultat du vote du 28 novembre dernier. Rien que pour faire plaisir à son ami Laurent Gbagbo ; le président du Conseil constitutionnel, de façon flagrante, a
pris partie. Dans son souci de faire de Laurent Gbagbo le vainqueur de la dernière élection présidentielle, il est allé jusqu’annuler le vote dans certaines circonscriptions comme la région de
Séguéla qui pourtant ne faisait pas partie des régions incriminées par le candidat de LMP dans sa requête. Cette attitude à elle seule montre à quel point le président du Conseil constitutionnel
s’est écarté de son rôle de juge pour devenir partie. Quant au respect de la Constitution, celui qui est chargé de veiller sur la constitutionnalité des lois, a carrément foulé au pied ce qui
devait être, en principe, sa boussole. En violant la Constitution et l’article 64 du Code électoral, Paul Yao N’Dré s’est rendu coupable de parjure. Il n’est pas moins responsable de la mort de
toutes ces personnes qui ont été tuées depuis le début de cette crise postélectorale qui secoue la Côte d’Ivoire et de celle des honnêtes citoyens que les mercenaires et les miliciens de Laurent
Gbagbo ne manqueront pas de tuer dans les jours à venir. Pour ces seules raisons, Yao N’Dré doit être traduit devant la justice. Il ferait donc mieux de se taire et voir comment il peut se
racheter aux yeux du peuple de Côte d’Ivoire qu’il a odieusement et lâchement trahi au lieu de se pavaner dans les cérémonies publiques.
Un
houleux débat politique sur la crise post-électorale en Côte d’Ivoire, entre pro-Ouattara Alassane et partisan de Laurent Gbagbo, qui finit par un acte meurtrier. C’est ce qui a été donné de voir
le lundi 14 mars 2011, à Yopougon Cité-Verte. La scène se passe dans l’un des espaces de détente que compte cette vaste commune. Le meurtre qui en découle est le reflet de l’exacerbation des
antagonismes entre les deux camps rivaux en Côte d’Ivoire… Un policier, le sergent-chef Zigbeu Zigoula, en fonction à la Compagnie républicaine de sécurité ( Crs II) et son ami, Brou Amoa Henri,
enseignant du secondaire dans un établissement d’Abidjan, devisent tranquillement autour d’un pot. La conversation glisse sur le terrain politique. Au centre de leurs échanges, les dernières
décisions de l’Union africaine ( UA), qui reconnait comme « président légitime de la Côte d’Ivoire, M. Alassane Ouattara ». Bien entendu, ils se réjouissent de cette conclusion et moquent le camp
Gbagbo « qui fait de la vaine résistance », selon un témoin qui rapporte les faits tels qu’il les a vécus. A côté d’eux, une oreille indiscrète, celle d’un marin… Kouakou Didier, alias « Côte
d’Ivoire », qui capte toute leur conversation dont la tonalité, très décapante, n’est pas favorable au président déclaré élu par le Conseil constitutionnel, Laurent Gbagbo. Tout de suite, le sang
de ce marin, anciennement garde du corps de Charles Blé Goudé ( président du Congrès panafricain des jeunes et des patriotes ), avant d’être accepté au service du commissaire du gouvernement,
Ange-Bernard Kessi Kouamé, fait un tour. Il devient rouge de colère, selon notre source. S’engage alors une vive altercation entre lui et les pro-Ouattara, selon un témoin qui a assisté au
déroulement des faits. Le ton monte, la tension aussi. Le marin choisit la solution la plus radicale, pour faire taire ses protagonistes Il se saisit de son arme et fait feu, à bout portant, sur
le sergent-chef de police et son ami, l’enseignant du secondaire. Les deux hommes sont tués sur le coup. C’est le sauve-qui-peut, raconte notre source. Le marin est maitrisé et conduit au
commissariat le plus proche, avant d’être mis à la disposition de la brigade de gendarmerie nationale. Le commissaire du gouvernement, Ange Kessi Kouamé, que nous avons joint hier, a confirmé les
faits et décrit le meurtrier, Konan Didier, « comme un homme de moralité plutôt douteuse ». « A cause de ses agissements qui ne sont pas du tout catholiques, je me suis débarrassé de lui depuis
décembre 2010. Je l’ai reversé à la marine nationale. Avant d’être affecté à mon service au Tribunal militaire d’Abidjan ( Tma), il était garde du corps de Blé Goudé. C’est parce qu’il s’est
rendu coupable de plusieurs faits délictueux qu’il s’est séparé de lui. Je l’ai renvoyé à sa base depuis le mois de décembre 2010 », a insisté le procureur militaire. « Dès que j’ai été saisi de
ces faits de meurtre, j’ai demandé à la marine de le mettre à la disposition de la brigade de la gendarmerie de Yopougon Toit-Rouge où il est gardé à vue en ce moment. Il sera entendu sur procès
verbal et déféré devant le parquet militaire dans les prochains jours pour meurtre », a souligné le procureur militaire. Il risque la prison à perpétuité ou la peine de 20 ans.
Laurent Gbagbo n’est pas prêt à lâcher l’affaire, pour parler comme les rappeurs. Le Président ivoirien sortant a récemment envoyé le ministre Paul-Antoine Bohoun-Bouabré, l’ex-grand
argentier du régime des refondateurs, en mission très secrète en Chine. Selon plusieurs sources aussi bien à Abidjan, à Paris, à Beijing (Pékin) que dans certaines capitales africaines,
Bohoun-Bouabré n’a pas effectué seul le voyage. Il a été rejoint sur place par l’ex-attaché militaire de la Côte d’Ivoire en Russie, Henri César Sama Damalan (du corps de la Marine de guerre), en
provenance de Johannesburg en Afrique du Sud ; par le «sécurocrate en chef» de Gbagbo, l’ancien ministre Kadet Bertin, qui a pris son vol à partir de Luanda en Angola ; et par un haut gradé de
l’état-major des armées dont le nom n’a pas été révélé. Il faillait brouiller les pistes au maximum… Après la déconvenue des «hélicos fantômes» commandés et payés «rubis sur ongle» à 10 millions
de dollars (5 milliards de F.CFA) par le truchement d’un intermédiaire, mais finalement non livrés, le Chef de l’Etat sortant a décidé cette fois-ci de confier cette mission qualifiée de la
dernière chance à ses hommes de confiance.
Gbagbo et
son chef d'Etat-major, Philippe Mangou, ne semblent plus être en odeur sainteté. Mangou tombé en disgrâce se serait volatilisé pour échapper certainement aux tueurs du clan Gbagbo. Ce n'est pas
la première fois que l'ancien président ivoirien s'en prend aux patrons de son armée.
Depuis que
la décision de l’Union Africaine est tombée, confirmant l’élection d’Alassane Ouattara à la présidentielle du 28 novembre dernier, la panique a gagné le camp Gbagbo. Même chez les partisans les
plus farouches de la minorité présidentielle, la sérénité a foutu le camp. L’on a désormais la certitude que la cause est entendue pour l’ancien chef de l’Etat. La bataille est alors
définitivement perdue. Pour certains, la conséquence qu’il faut tirer aujourd’hui de cette nouvelle donne, c’est de se mettre à l’abri de l’humiliation qui s’annonce certaine. C’est le cas de
Charles Blé Goudé, le leader de la galaxie patriotique qui a tenté de fuir le pays. Après avoir mis le feu au pays qu’il dit aimer tant et dont il prétend défendre corps et âme même au prix de sa
vie, Blé Goudé veut maintenant fuir, abandonnant les Ivoiriens dans le chaos qu’il a pourtant créé avec son mentor. Le week end








